Un peu de googlelisation sur les évennements en Géorgie

Vous avez certainement remarqué que depuis 15 jours, il n’y a pas une gazette, pas un JT, pas une émission de radio qui ne parle, ne serait-ce que quelques secondes, de l’actualité en Géorgie (dont la capitale est Tbilissi, à retenir pour gagner des points chez Julien Leperse). Je ne sais pas vous, mais mes souvenirs scolaires font que je me rappelais de la Géorgie comme étant un état de l’URSS (oui oui désolé, ça existait encore l’URSS quand je passais le BAC), vaguement situé du coté des montagnes du Caucase, ou par là bas en tout cas.

Alors quand, pour faire son intéressant, un journaleux commence sa phrase par  » nous allons tenter de vous expliquer pourquoi… « , tout de suite, je tends l’oreille, et les deux même. Parce que je vous le confesse, j’ai beau avoir écrit un blabla humaniste sur la situation (qui s’applique actuellement en Géorgie, mais qui pourrait s’appliquer quasiment à tous les conflits), j’ai beau avoir lu un excellent article sur scripty, qui donne pour le coup une vision géopolitique globale illustrant les enjeux du bras de fer qui se joue près de la mer morte, ma connaissance de ces lieux et de ce qui s’y passe reste quasiment aussi limitée que lorsque je passais le bachot. Or, passé ce début de phrase prometteur… je n’ai plus qu’à me les tailler en pointe, mes deux oreilles tendues. Parce que jusque là, les soi-disant explications se limitent à dire qu’untel est copain avec untel, et que les autres se mettent d’accord pour faire une déclaration commune pour indiquer qu’ils ne sont pas contents. D’ailleurs hier soir, la diplomatie, qui ne manque pas d’imagination pour trouver des formules poétiques à des situations pathétiques, annonce que l’Europe doit continuer  » la voie du dialogue, mais un dialogue ferme avec des objectifs « . Et tout ça devra aboutir sous 8 jours, sous peine de… ben heu… on ne sait pas encore, mais on se réunira pour décider que quelque chose de plus grave que le dialogue. Enfin, pas trop grave non plus hein, il ne faudrait pas que les russes nous coupent les robinets de gaz (la Russie nous fournissant moins de 20% de notre consommation en gaz naturel, une telle punition serait anecdotique au regard de ce qu’elle serait pour un pays comme la Finlande par exemple, dont la consommation en gaz naturel dépend à 100% de l’exploitant russe Gazprom).

Alors, pour ne pas mourir idiot et comprendre tout ça, j’ai dû m’en remettre à google, wikipedia, et autres news qui m’arrivent de partout via mes feeds RSS. Pour vous faire gagner du temps, voici un bref résumé de mes lectures, avec les pointeurs qui vont bien pour creuser la question.

Pour commencer, bachotage : la Géorgie. Notons que l’état qui se trouve sous les feux des projecteurs est tout petit : 1/10ème de la superficie de la France, pour ~4,6 millions d’habitants (90% sont de religion orthodoxe, et près de 10% de musulmans), principalement concentrés sur les côtes de la mer Noire (située à l’ouest). Coté frontières, si on prend la direction du nord, on arrive en Russie. Coté sud, on va en Turquie, en Arménie, ou en Azerbaïdjan. Contrairement à mon idée reçue, bien qu’ayant quelques mines de métaux et une bonne production hydroélectrique, ça ne semblent pas être ses ressources naturelles qui attisent les convoitises.

Évidemment, il faut faire un zoom plus grand pour voir les deux régions qui revendiquent leur indépendance : 4’000 Km²/70’000 habitants pour l’Ossétie du Sud (imaginez une ville comme Beauvais ou Villers-le-Sec par exemple), ou 8’600 Km²/530’000 habitants pour l’Abkhazie (imaginez Lyon ou Nantes). Et elles ne sont pas très riches de surcroit (un peu d’agriculture, un peu de tourisme…).

Carte de la Géorgie (source : lemonde.fr)

Carte de la Géorgie (source : lemonde.fr)

L’information géographique qui a son importance est plutôt l’emplacement de la Géorgie : il s’agit d’une vraie plaque tournante entre l’orient et l’occident, entre l’Europe, l’Asie, la Russie… Et une mosaïque de communautés ancestralement en conflits.

A noter un principe général qui vaut dans cette région : les querelles de clochés sont souvent étouffées lorsque les dits clochés sont sous la tutelle d’un pouvoir autoritaire. En l’occurrence, durant la grande époque de l’URSS, les frictions entre les peuplades de cette région se faisaient rares. Mais une fois la pression du pouvoir central soviétique retombée, les vieilles rancœurs entre populations ont pu refaire surface.

Pour compléter cette photographie, intéressons-nous à l’histoire récente de cette région (connaissance indispensable pour comprendre les évènements récents). La Géorgie reçoit la protection de la Russie en 1783, et est carrément annexée à l’empire russe en 1810. Durant le demi-siècle qui suit, le pays est régulièrement envahi par les pays musulmans, la Russie menant une guerre contre la Turquie et l’Iran. La première déclaration d’indépendance n’est pas nouvelle : elle date de 1918, les Russes étant alors en pleine guerre civile. L’armée rouge reprendra les rênes en 1921, et intégrera la Géorgie dans sa « République socialiste soviétique fédérale de Transcaucasie« , aux cotés de l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Petit détail qui illustre le coté mosaïque ethnique de la région : Staline, qui était géorgien, fait en 1931 de l’Abkhazie une République Socialiste Soviétique autonome de la RSS de Géorgie.

Petit bond fin des années 1980 (rappelez-vous, je passais le BAC) : la Perestroïka (qui n’était pas au programme du BAC, mais tout le monde en parlait) met en place un système politique qui autorise plusieurs partis, ce qui permet aux nationalistes de s’exprimer à nouveau. Le 29 octobre 1990, ces derniers gagnent les élections, et la Géorgie déclare son indépendance le 9 avril 1991 (environ 73 ans après sa première tentative).

Seulement, cette période est très floue. En effet, d’un coté, c’est le moment où l’URSS s’écroule ; cette fois-ci, l’armée rouge ne viendra pas reprendre ses biens, elle a d’autres chats à fouetter. Et surtout, comme je vous l’ai déjà expliqué, la Géorgie n’est pas unie : elle est constituée de communautés ethniques ayant des incompatibilités d’humeurs. Résultat : guerre civile, et déclaration d’indépendance de deux régions géorgiennes (dont il est question aujourd’hui) : l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Ces agitations intestines en Géorgie conduisent à de vraies épurations ethniques dignes du Darfour (par exemple, 250’000 géorgiens quittent l’Abkhazie en catastrophe pour fuir les massacres initiés à leur encontre par les Abkhazes).

L’actuel président géorgien (Mikheil Saakachvili, nationaliste indépendantiste géorgien) est en place depuis 2004. Difficile pour le non spécialiste que je suis de démêler ce qui est vrai de ce qui est faux concernant ce qu’on peut lire à propos de son mandat. Assurément, il aura à gérer les orthodoxes qui prônent un retour à la monarchie (comme c’est étonnant). Il limogera une partie de son gouvernement pour corruption. Et surtout, le pays sera agité par d’importantes manifestations, qu’il considèrera de son point de vue comme un coup d’état soutenu par le régime de Moscou. Vous l’aurez compris, la politique n’est pas au beau fixe entre son gouvernement et la Russie. Quoi qu’il en soit, il remporte l’élection présidentielle dès le premier tour le 8 janvier 2008, en inscrivant (entre autre) à son programme l’adhésion de la Géorgie à l’OTAN, et la reconquête des régions sécessionnistes.

Parce que oui, rappelez-vous, nous avions laissé l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud alors qu’elles venaient de déclarer leur indépendance (non reconnue de façon internationale) au début des années 1990. Et ces petits états, contrairement à la Géorgie, sont restés fidèles à la Russie, avec laquelle ils entretiennent des relations privilégiées.

La suite, vous la connaissez : lorsque les troupes géorgiennes de Mikheil Saakachvili investissent l’Ossétie du Sud le 7 août 2008, le président russe Dmitry Medvedev voit ça comme une invasion. Il réplique en envoyant son armée, qui reprendra le contrôle en quelques jours… et qui prendra tout son temps pour se retirer. Et le 26 août 2008, le président russe reconnaît officiellement l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie.

Bref, pour résumer (et ce résumé sera l’éclairage politique de la situation), nous avons une belle situation digne des folles heures de la guerre froide :

  • d’un coté, la Géorgie, soutenue par les pays de l’OTAN (en gros, par l’Europe et les Etats-Unis), qui veut conserver son intégrité et son indépendance vis à vis de la Russie,
  • et d’un autre coté, deux ex petites régions de la Géorgie, à savoir l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, qui se déclarent eux aussi indépendants, et qui sont soutenus par la Russie (seul pays à cette heure qui reconnaît cette indépendance au niveau international). Ce soutien par le régime russe étant intéressé, l’objectif étant de reprendre la main sur la totalité de la Géorgie, cette dernière représentant à ces yeux une belle plaque tournante pour ses exports (énergétiques entre autre).

Le tout dans un contexte paradoxal ou justement, la communauté internationale vient de reconnaître officiellement l’indépendance du Kosovo, contre l’avis de la Russie. Ce qui donne évidemment un argument à cette dernière : pourquoi refuser à l’Ossétie du Sud et à l’Abkhazie ce que nous-mêmes avons accepté pour la Géorgie, et ce que vous-mêmes avez accepté pour le Kosovo.

Ouf… Si vous avez lu jusque là, c’est que vous êtes courageux. Ou vraiment curieux. Ou maso. Parce que reconnaissez-le, c’est un vrai panier de crabes.

Pour conclure, je donnerai juste mon avis personnel sur cette situation : l’habitant de ces régions, le citoyen de base, n’est-il pas manipulé par les « chefs » des communautés à l’origine des purges ethniques ? Ces derniers ne sont ils pas manipulés par les chefs d’Etats ? Et ces derniers ne sont-ils pas (plus ou moins consciemment) que de simples pièces dans un échiquier international d’une partie de guerre froide, ayant des enjeux de pouvoir politique, et de suprématie économique, voire mafieuse ? Assurément, l’être humain  se laisse amputer plus ou moins sciemment de sa liberté individuelle, donnant ainsi du pouvoir à un souverain censé défendre ses intérêts. Mais in fine, ce pouvoir semble réparti dans une structure pyramidale, ou à chaque niveau, chacun joue, fait et défait des alliances, ordonne des lois, ou réfute celle des autres pour défendre ses propres intérêts. Et alors, je ne suis pas sûr que l’intérêt du citoyen de base soit bien défendu…

download Fond musical : Jeanne Mas – L’enfant

Commentaire

Un peu de googlelisation sur les évennements en Géorgie — 5 commentaires

  1. citation : Ouf… Si vous avez lu jusque là, c’est que vous êtes courageux. Ou vraiment curieux. Ou maso…

    Pour ma part, ce n’est pas pour les raisons évoquées ci-dessus que je suis arrivé au bout de ton billet. C’est tout simplement parce qu’il est très intéressant et instructif 🙂

  2. merci pour ton article
    vive les russes 🙂

    certes les petites gens vont payer, quoique, les USA ont débloqués un miliard de dollars, mais pas grand-chose pour la Louisianne, mais bon ….

    Mais qui est Nabo 1er pour donner des leçons au chef d’état russe ?

    et étonnant ce mot, »bachot », ma grand-mère l’emploie :))))

  3. Sur ces 1 milliards, combien ne seront pas détournés par les intermédiaires, et seront bénéfiques pour les gens qui en ont besoin ? Et plutôt que de les arroser avec des $, pourquoi ne pas leur ouvrir l’esprit pour qu’ils ne soient plus de petites gens ?

    Notre vénérable président se sent investi d’une mission divin^H^H^H internationale, la France ayant la présidence de l’Europe pour 6 mois…

    Enfin, je crois que le mot bachot est aussi ancien que le diplôme lui même. De là viennent certainement les mots bachoter, bachotage, etc. A noter que tous ces mots sont dans le dictionnaire… http://dictionnaire.tv5.org/dictionnaires.asp?Action=1&Mot=bachot

    Bon week-end 😉

  4. Ping : desvigne.org » Blog Archive » La guerre des gangs : israéliens vs. palestiniens

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