Le maître des noms – Josef LADIK

Avant toute chose, sachez que ce roman est le primer livre de l’auteur (qui exerce le métier de juge d’instruction par ailleurs). Et je ne dis pas ça pour lui chercher une excuse… bien au contraire. Je serais presque plutôt tenté de crier au génie.

Bon, je me débarrasse tout de suite du petit reproche : l’éditeur (First). D’habitude, je ne m’attarde jamais sur la forme (je me fiche de lire un livre en édition de poche ou en reliure cuir). Mais là… fautes de frappe, erreurs typographiques, polices qui changent de taille d’un coup… Ça fait drôle. Bon aller, coté reproche, ça, c’est fait ! Car pour le reste…

Ce roman de 442 pages est classé dans la catégorie « thriller ». Et ça ne lui rend pas hommage, c’est bien plus que ça ! Il contient beaucoup beaucoup plus que ce qu’annonce la quatrième de couverture, c’est un vrai cadeau. Avant tout, c’est un univers d’anticipation très orwellien (l’histoire se passe durant la décennie 2040), et il est pourtant… très contemporain (gloups). Je viens de finir ce livre, et j’ai encore froid dans le dos.

Quand on lit « 1984 » de Georges Orwell, on se dit qu’on n’est pas passé loin, mais qu’on n’y est pas encore. Dans « This Perfect Day » (« Un bonheur insoutenable » en français) d’Ira Levin, on se dit qu’on s’en rapproche. Inversement, à la lecture de la vision géopolitique de « Globalia » de Jean-Christophe Rufin, j’en étais arrivé à penser que ce style qui consiste à crier aux loups vis à vis de notre démocratie qui pourrait devenir un gouvernement totalitaire était peut-être exagéré. Mais là… Ouaou… Mince !!! À quelques détails près, nous y sommes !!! Une société de l’information exacerbée avec Internet, des capteurs, et des caméras partout (l’originalité ici est que tout ça est centralisé dans un système informatique appelé Gorgone). Des lois liberticides et des citoyens contrôlés, pour les protéger du terrorisme, et les protéger de leur propre bêtise. Des puces RFID. Des machines à voter. Un gouvernement qui détient les médias (à moins que ce ne soit le contraire), des lobbies qui « soutiennent » les candidats aux élections, en échange de lois bien pensées pour faire grimper les cours de la bourse. La discrimination positive. Bon sang mince, cette fois-ci, tout y est. Ou plutôt, nous y sommes, dans un monde orwellien…

Au delà de l’univers en lui-même, le fil conducteur du roman est une idée originale, elle aussi bien ficelée. Un flash mob qui a mal tourné dans les années 2020 donne l’argument nécessaire au gouvernement pour interdire tous les jeux non homologués par lui-même (loi qui a le double avantage de contrôler le jeu, cet opium du peuple déjà utilisé dès l’antiquité, tout en assurant ainsi la rentrée dans les caisses de l’état de l’intégralité des bénéfices dégagés par cette activité). Aussi, quand Anne Ripley trouve un carnet manuscrit dans le métro, à la lecture des premières lignes, on sent bien que sa vie va changer… En effet, que feriez-vous si, vous-même, vous trouviez un cahier commençant ainsi :

<< Ce que vous lisez est vrai. Vous n’êtes pas la candidate involontaire du dernier reality show. La vie est un spectacle et vous êtes l’un des figurants qui va passer au stade d’acteur. C’est à la fois votre plus grande chance et votre plus grand malheur.
Qu’est-ce que vous pouvez gagner ? La vie de l’être qui vous est le plus cher. Ce que vous pouvez perdre ? La même chose et endurer d’y survivre. Mauvaise nouvelle : une fois que vous avez ouvert le carnet, vous ne pouvez pas quitter la partie.
>>…

download Fond musical : Amy MacDonald – This is the life : récente découverte, cette fille a un rock & roll plein de peps !

Commentaire

Le maître des noms – Josef LADIK — 8 commentaires

  1. En effet… Dans alien, c’est Ellen Ripley. Mais l’auteur n’aurait pas pu laisser Ellen Ripley comme nom, ça n’aurait pas collé avec l’histoire. Non mais vraiment, je ne t’en dit pas plus, mais même ça, ça n’est pas un hasard. Bref, un très bon bouquin j’vous dis… 😉

  2. Merci à vous pour cette note de lecture…qui m’a été signalée par un des algorithmes besogneux de Gorgone. 😉
    Une rencontre avec des lecteurs sera organisée fin octobre dans une librairie de Montmartre (L’éternel retour).
    Et si vous avez aimé le MDN vous pouvez voter pour lui ! (sélectionné pour le prix Carrefour du premier roman)
    http://www.carrefour.fr/etmoi/culture_loisirs/105-C4FR_Quizz-prix-du-premier-roman-2008.htm

    Bien à vous
    JL
    PS: vous avez raison pour les coquilles, ça fait partie des choses à voir de près pour la suite.

  3. Ouaouu… Ne me dites pas que nous avons le droit à la visite de l’auteur himself !!! J’en suis tout flatté (Gorgone a du bon finalement) 🙂
    En ce qui me concerne, étant nancéien et n’étant pas en congés le mois prochain, j’ai peur qu’une petite villégiature à Montmartre fin octobre, bien que tentante, ne soit pas simple à organiser. Ça tentera certainement les parisiens qui passent ici… Par contre, pour ce qui est du vote, j’y vais de ce pas.
    Encore bravo pour ce livre…

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