Le bonheur ne vient pas du pré

Ayant appris l’existence de ce film récemment, je suis allé voir hier soir « nos enfants nous accuseront« . Petit coup de gueule pour commencer : on ne peut pas dire que ce film soit bien distribué, et pour aller le voir quand on travaille, il faut viser. Je file donc à 20h15 destination du Caméo, un ex cinéma d’auteur nancéien (racheté depuis par un grand groupe, mais ça, c’est une autre histoire), et là… ouaou ! Vingt minutes de queue. C’est que je n’ai plus l’habitude moi ! En réalité, chose que je ne savais pas, c’est que le Caméo profitait de cette séance pour animer une soirée sur le thème du film.

Alors, le film justement. Il n’est pas tout à fait tourné comme un reportage de JT. Pour vous donner une idée, il suit plus le rythme (même si le sujet n’a rien à voir) du documentaire animalier. On alterne pendant deux heures entre un cours magistral (séquences provenant des images d’un meeting ayant eu lieu au palais de l’UNESCO à Paris), d’interviews de paysans (bio et traditionnels), et de tranches de vies filmées dans la région du Gard…

Pourquoi cette région ? Tout simplement parce qu’à Barjac, une prise de conscience d’une douzaine d’élus les a invité à faire le choix politique (pas nécessairement populaire au départ, ce qui montre un des — trop — rares cas où la démocratie représentative fonctionne) d’imposer à ses cuisines centrales (d’une production d’environ 220 repas/jour, à destination d’écoles publiques, privées, et maisons de retraites) un cahier des charges visant à produire des repas dont les produits proviennent exclusivement de la filière « bio ». Et c’est le catalyseur du film pour dénoncer tous les méfaits de l’agriculture traditionnelle.

Je ne reprendrai pas ici tous les arguments de ce reportage (cet article se doit de rester d’une taille raisonnable). Aller le voir (rien que la musique vaut le détour), ou au pire, aller sur le site officiel, cliquez sur « Sysnopsis » (désolé, je ne peux vous donner le lien direct, c’est encore un site de m£µ% réalisé en flash… ils ne comprennent toujours pas que cette techno est nulle). Augmentation tous les ans de 1,1% des cancers des enfants, 40% des cancers seraient liés à l’alimentation… Enfin bon, on peu toujours se battre sur les chiffres. Reste que quand un paysan « traditionnel » (sous-entendu utilisant plein de produits chimiques ; ça fait drôle de dire ça, d’être d’une génération où traditionnel rime avec artificiel) vous explique qu’il ne mangerait pas ce qu’il produit, ou qu’un autre vous montre une motte de terre provenant d’une vigne traitée et qu’il la compare à une même motte provenant d’une vigne « bio », on comprend assez vite que tous ces pesticides et autres phosphates ne sont certainement pas sans danger pour nous.

Ce film n’a pas été tourné pour faire peur. Juste pour faire prendre conscience (c’est en ça qu’il est rafraîchissant). Mais évidemment, ça reste un film partisan. Il se focalise sur le bio (alors qu’il existe peut-être d’autres labels qui peuvent être intéressants). Il se focalise sur les végétaux, et ne parle pas des productions d’animaux, de lait ou d’oeufs…

Heureusement, le débat qui a suivi permettait d’ouvrir le champ de vision. Avant toute chose, un rappel : quand on dit que les cancers viennent en grande partie de l’environnement (et d’une moindre partie à des prédispositions génétiques), il convient de rappeler qu’une écrasante majorité de ces cancers est associée au tabac et à l’alcool (viennent ensuite l’amiante, les produits ionisants, etc.). Et quand on parle d’impact de la nourriture, il n’y a pas que la qualité des produits : le mode l’alimentation est important (éviter les produits trop raffinés, le surplus de mauvaises graisses, de sucres, le manque de fibres…). Il ne faut évidemment pas négliger les toxines qui peuvent entrer dans la composition de notre alimentation. Mais il convient de rappeler qu’elles n’expliquent pas tout, et que d’attaquer le problème des cancers et autres maladies liées à l’environnement uniquement sous est angle serait une erreur.

Autres sujets soulevés par le débat : il y a l’école intégriste du tout bio, et d’autres qui disent que commencer par une agriculture raisonnée, ou de s’approvisionner auprès de l’AMAP permet déjà de faire un premier pas. Des paysans bio ont rappelé que tirer l’agriculture biologique par la seule relance d’une telle consommation n’était pas suffisant : l’agriculture bio telle qu’elle est organisée aujourd’hui ne pourrait fournir tout le monde, et nous verrions arriver des produits bio de l’étranger, produits qui auraient fait des milliers de Km avant d’arriver dans nos assiettes.

En conclusion : avouons que tous les spectateurs de cette soirée étaient bon public. Les gens présents était plutôt orientés verts, personne de la FNSEA (bien qu’ils étaient invités)… Bref, bien que pouvant laisser apparaître quelques mouvements de pensées différents, force est de constater que le film cherchait à convaincre un public déjà plutôt convaincu. Malheureusement, la fusion d’idées qui a suivi n’a accouché que d’un listing de bonnes intentions : « il faudrait que ça avance plus vite« , « il faudrait que les gens prennent conscience, que les jeunes soient éduqués« , etc. Le classique faut-qu’on ya-qu’à ça serait-bien…

J’ai déjà dit ce que je pensais de l’Homme qui, contrairement à une idée reçue, n’est pas philanthrope. Si aucun pouvoir politique n’impose de nouvelles règles du jeu (en particulier économiques, car c’est là que se trouve le fer de lance), rien ne bougera, excepté quelques actions individuelles qui, bien que louables et lumineuses, restent trop marginales. Je n’ai vu qu’une (et une seule) idée d’action, tirée du film : supprimer (pas en une année, le choc serait trop violent) les 9,5 milliards de subvention de la PAC et répartir cet argent sur les 4,5 milliards de repas produits en cantine scolaire, en leur imposant un cahier des charges de repas plus « bio ». Voilà vraiment l’exemple d’une vraie décision applicable. Un levier d’action, un objectif avoué, des effets mesurables… On peut débattre sur « ça marchera / ça ne marchera pas », sur les effets perverts de l’idée… mais au moins, cette idée existe. Le reste de ce que j’ai entendu est malheureusement resté à l’état de bonnes intentions…

NB : à noter que le 29/11, ce même cinéma animera une soirée sur Noam Chomsky (miam), que j’ai découvert au départ durant mes cours d’informatique sur la théorie des langages formels, et qui est aussi un philosophe/homme politique à connaître…

download Fond musical : Paul Dukas – l’apprenti sorcier

Commentaire

Le bonheur ne vient pas du pré — 3 commentaires

  1. l’amap du crapaud sonneur organise le 25 Novembre à 19h30 à la MJC des 3 maisons une rencontre sur le thème de manger solidaire avec des amaps, un producteurs, des organisations professionnelles, lortie … etc . Pour bien s’y retrouver.
    merci de faire passer !

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