Publications de la catégorie ‘Livres/revues’

Anna Gavalda - Ensemble, c'est toutAvant toute chose, je vous le dis tout de go : j’assume. Donc, pas la peine d’essayer de me mettre en boîte avec ça : j’ai certainement un coté midinette. Ça, c’est dit ;-)

Comment vous résumer ce livre… Vous parler de l’histoire ? Oh, quelques lignes suffiraient… On dit souvent qu’on est la conséquence de notre enfance, de notre jeunesse. Alors voilà quatre âmes perdues, abimées, torturées… Quatre êtres sur la brèche, qui surfent sur la ligne ondulée qui sépare le ying et le yang. Un cliché de ce qu’on trouve à tout coin de rue. Une artiste anorexique, un cuistot qui se tue dans le boulot et la routine pour ne pas regarder autour de lui, un aristo qui aurait simplement aimé qu’on l’oublie et qu’on le laisse vivre, une vieille touchée par Alzheimer mais oubliée par le plan qui porte son nom… Une main charitable par ici, une petite étincelle par là les empêchent de sombrer totalement. Le hasard va les rassembler dans un vaste et poussiéreux appartement haussmannien qui ne leur appartient pas. Et on comprend vite que chacun sera la béquille de l’autre. La fin, elle se devine.

Quoi ! Pas de suspense, ou si peu ? Mais alors, qu’est-ce qui fait que ce bouquin, une fois qu’on l’a dans les mains, on ne peut plus le lâcher, au risque d’avoir une tête de zombie en arrivant au taf le lendemain ? Avant tout, il y a le style. Bon sang ! Ce roman est le troisième d’Anna Gavalda, écrit après le fabuleux je l’aimais. Et à nouveau, il faut avouer que l’auteur a un sacré coup de patte. Encore plus acéré que dans le précédent roman je crois. Mais ça n’est pas tout. De belles lettres ne suffisent pas à elles seules à rendre quelques bouts de vie intéressants. Il y a… ces personnages ! Haut en couleur. Écorchés vifs oui… mais vivant. Oh, ils ne le savent peut-être pas encore. Il leur manque peut-être à éclore, mais quels caractères. Quelles âmes. Quelles relations. Je me suis permis (c’est assez rare) de vous raconter l’histoire, mais pour ce qui est de cette magie envoutante qui émane de ces protagonistes, des détails des chemins qu’ils parcourent, de leurs rencontres… Ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus. Achetez le livre ! Personnellement, je pars acheter les suivants.

download Fond musical : Keith Jarrett – The Koln concert (Part 1), 24/01/1975 : Depuis le temps que je cherchais une excuse pour vous la caser cette musique, cette fusée. Une impro à écouter jusqu’au bout, l’esprit ouvert…

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Gunnar Staalesen - Le loup dans la bergeriePromis juré, j’avais commencé ce livre avant d’avoir vu (ou même lu) Millenium. Je ne suis donc pas tombé sous le coup d’une hypothétique mode visant à promouvoir une culture nordique (norvégienne en l’occurrence). Et pourtant… Ça pourrait être le rôle de ce livre (nous montrer qu’il existe d’autres pays que la France et autres pays latins ou anglo-saxons qui savent produire de belles oeuvres).

En soit, le fil conducteur du livre n’est pas hyper original. Tout part d’un détective privé (Varg Veum, dont le nom signifiait dans l’ancien temps « le loup dans le sanctuaire » et qui désignait un proscrit), personnage qui sera récurrent dans une dizaine de livres de Gunnar Staalesen. Ce privé officie dans la petite ville de Bergen (petite note culturelle : ville qui compte aujourd’hui ~250’000 habitants), et n’a pas de concurrence… mais pas trop de clients non plus. Pourtant, parce qu’il a une sorte de principe, il refuse les affaires de divorce (trop répugnant à son goût). C’est pourquoi il refusera de suivre la femme de William Moberg, un avocat de cette vile, spécialisé dans les affaires de stupéfiants. Mais il acceptera, quelques jours plus tard, de suivre cette même femme, quand cette demande émanera non plus du mari, mais du frère qui cherche à renouer le contact avec elle pour une histoire d’héritage. Drôle de coïncidence que deux personnes différentes cherchent à faire suivre une même femme pour deux raisons différentes à quelques jours d’intervalle. Coïncidence d’autant plus troublante quand, dans la foulée, cette femme est retrouvée assassinée dans sa voiture, dans son garage, alors que son mari est en déplacement d’affaire dans l’autre bout du pays…

Un livre facile à lire, prenant, avec plein de rebondissements… Ce qui m’a amusé, c’est tout d’abord le coté exotique des noms de quartiers ou de villes (Lindås, Osterøy,… ), noms aux consonances bien nordiques (et plutôt imprononçables pour moi qui n’ai pas l’oreille affutée pour les langues étrangères), contenant des o barrés et des a surmontés de jolis petites bulles. Ensuite, à l’époque où les experts de je ne sais quelle ville étasunienne font leurs investigations à coups de séquençages ADN ou de simulations sur ordinateur, c’est rafraichissant de renouer avec un héro des années 70 qui travaille sans téléphone mobile et encore moins Internet. Bref, petit livre de poche à glisser dans votre sac de plage cet été.

download Fond musical : Salif Keita – Yamore : j’ai découvert cet album (Moffou) il y a quelques jours seulement grâce au blog de MariedesOrmes, et depuis, il tourne en boucle dans mes oreilles

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Je viens de me faire enchaîner par Jérôme afin de vous présenter

quels sont les 6 livres qui me représentent le mieux.

Comme l’a fait remarquer Jérôme, on n’attend pas de moi que je vous indique quels sont mes 6 livres préférés [du moment], mais bien ceux qui me représentent le mieux, sous entendu je suppose, ceux qui m’ont aidé à me construire comme je suis. À noter que Jérôme s’était lui-même fait taguer par Marc’s blog, qui rappelle qu’en France, 43% de la population ne lit pas un seul livre de l’année ! C’est édifiant…

Étant un « monsieur plus » né, je vais avoir du mal à m’arrêter à six livres ; alors, disons que je vais plutôt vous indiquer six thèmes :

  1. En tout bien tout honneur Enid Blyton : Les Cinq et le galion d’or. Oui, car il faut bien une allumette pour enflammer la mèche d’une passion… Ma première rencontre avec les « vrais » livres (sans image) a été avec le Club des 5. Il y en a eu bien d’autres évidemment ensuite, les Bob Morane, … ;
  2. Le maître des noms de Josef Ladik. Je vous ai mis celui-là parce que c’est le dernier en date, et qu’il est plus proche de mes préoccupations actuelles. Mais j’aurais très bien pu vous mettre à la place this perfect day d’Ira Levin, Globalia de Jean-Christophe Ruffin, ou encore mieux, 1984 de George Orwell ;
  3. Le grand secret de Barjavel. J’ai pris celui-là au hasard, tant René Barjavel est une source inépuisable de bon livres de SF, écrits dans un style jouissif (qui n’a pas pris une ride après bientôt 100 ans d’âge) ;
  4. La politique du rebelle de Michel Onfray. Ici aussi, difficile de faire un choix avec cet auteur, qui parfois m’a aidé à mettre des mots sur mes pensées, et qui, inversement, a su aussi m’interroger autrement ;
  5. Le fléau de Stephen King. Et oui, j’ai eu ma période livres d’horreur et d’épouvante, et avouons que si cet auteur a dans ses productions quelques déchets, il a aussi quelques chefs-d’œuvres en la matière, si ça n’est sur les idées, au moins coté style ;
  6. Et pour finir avec un policier, je dirais le Concile de pierre de Jean-Christophe Grangé. J’aurais pu prendre un autre Grangé, ou un Fred Vargas, voire un Agatha Christie, l’idée étant de dire que j’aime aussi les bons romans policiers.

Difficile de s’arrêter à six ouvrages. D’ailleurs, peut-être qu’il y a un mois, ou dans un mois, je vous aurais donné une autre réponse. Aussi, pour compléter cette liste, je passe le relais à d’autres blogueurs (qui ne manqueront pas de dire « mince, celui là, je voulais le mettre« , ou qui, inversement, vous donneront des références totalement différentes) : Fabien, Virginie, Maxime (qui pourra ainsi m’aider à comprendre quels livres peuvent amener quelqu’un à s’engager politiquement si jeune), et tien pourquoi pas, à ZigZornif qui va nous faire ça entre deux coups de pédale ;-)

download Fond musical : Sea and Field – Les livres

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Avant toute chose, sachez que ce roman est le primer livre de l’auteur (qui exerce le métier de juge d’instruction par ailleurs). Et je ne dis pas ça pour lui chercher une excuse… bien au contraire. Je serais presque plutôt tenté de crier au génie.

Bon, je me débarrasse tout de suite du petit reproche : l’éditeur (First). D’habitude, je ne m’attarde jamais sur la forme (je me fiche de lire un livre en édition de poche ou en reliure cuir). Mais là… fautes de frappe, erreurs typographiques, polices qui changent de taille d’un coup… Ça fait drôle. Bon aller, coté reproche, ça, c’est fait ! Car pour le reste…

Ce roman de 442 pages est classé dans la catégorie « thriller ». Et ça ne lui rend pas hommage, c’est bien plus que ça ! Il contient beaucoup beaucoup plus que ce qu’annonce la quatrième de couverture, c’est un vrai cadeau. Avant tout, c’est un univers d’anticipation très orwellien (l’histoire se passe durant la décennie 2040), et il est pourtant… très contemporain (gloups). Je viens de finir ce livre, et j’ai encore froid dans le dos.

Quand on lit « 1984″ de Georges Orwell, on se dit qu’on n’est pas passé loin, mais qu’on n’y est pas encore. Dans « This Perfect Day » (« Un bonheur insoutenable » en français) d’Ira Levin, on se dit qu’on s’en rapproche. Inversement, à la lecture de la vision géopolitique de « Globalia » de Jean-Christophe Rufin, j’en étais arrivé à penser que ce style qui consiste à crier aux loups vis à vis de notre démocratie qui pourrait devenir un gouvernement totalitaire était peut-être exagéré. Mais là… Ouaou… Mince !!! À quelques détails près, nous y sommes !!! Une société de l’information exacerbée avec Internet, des capteurs, et des caméras partout (l’originalité ici est que tout ça est centralisé dans un système informatique appelé Gorgone). Des lois liberticides et des citoyens contrôlés, pour les protéger du terrorisme, et les protéger de leur propre bêtise. Des puces RFID. Des machines à voter. Un gouvernement qui détient les médias (à moins que ce ne soit le contraire), des lobbies qui « soutiennent » les candidats aux élections, en échange de lois bien pensées pour faire grimper les cours de la bourse. La discrimination positive. Bon sang mince, cette fois-ci, tout y est. Ou plutôt, nous y sommes, dans un monde orwellien…

Au delà de l’univers en lui-même, le fil conducteur du roman est une idée originale, elle aussi bien ficelée. Un flash mob qui a mal tourné dans les années 2020 donne l’argument nécessaire au gouvernement pour interdire tous les jeux non homologués par lui-même (loi qui a le double avantage de contrôler le jeu, cet opium du peuple déjà utilisé dès l’antiquité, tout en assurant ainsi la rentrée dans les caisses de l’état de l’intégralité des bénéfices dégagés par cette activité). Aussi, quand Anne Ripley trouve un carnet manuscrit dans le métro, à la lecture des premières lignes, on sent bien que sa vie va changer… En effet, que feriez-vous si, vous-même, vous trouviez un cahier commençant ainsi :

<< Ce que vous lisez est vrai. Vous n’êtes pas la candidate involontaire du dernier reality show. La vie est un spectacle et vous êtes l’un des figurants qui va passer au stade d’acteur. C’est à la fois votre plus grande chance et votre plus grand malheur.
Qu’est-ce que vous pouvez gagner ? La vie de l’être qui vous est le plus cher. Ce que vous pouvez perdre ? La même chose et endurer d’y survivre. Mauvaise nouvelle : une fois que vous avez ouvert le carnet, vous ne pouvez pas quitter la partie.
>>…

download Fond musical : Amy MacDonald – This is the life : récente découverte, cette fille a un rock & roll plein de peps !

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Ça fait quelques temps que j’ai terminé ce manga, et que je voulais vous en parler. En fait, il faut comprendre que le manga n’est pas pour moi un univers naturel. Aucune répulsion par rapport à ce style, et encore moins un manque de curiosité, bien au contraire. Seulement, je ne connaissais pas, et je n’ai jamais vraiment été initié. Je ne savais pas par où commencer…

Or, lors d’une de nos réunions d’atelier de vie de quartier, nous avions reçu quelques membres bien sympathiques de l’association kuwabara, qui regroupe des fans du genre sur Nancy. Nous leur avons demandé de nous parler de leur passion, et très vite, ils nous ont communiqué l’envie de nous y mettre, et nous ont donné quelques pointeurs pour nous initier à l’art dessiné par les mangakas.

Le journal de mon père est un de ces pointeurs. L’édition originale était en 3 tomes. Celle que j’ai eu entre les mains a du être faite pour les débutants, car elle n’est qu’en un seul tome. Et, blasphème, elle se lit de gauche à droite, à l’occidentale…

Yoichi Yamashita (il faut s’habituer au départ à ces noms imprononçables) est un jeune designer qui travaille à Tokyo. Or, apprenant la mort de son père, il retourne dans la ville de Tottori, la où il a passé son enfance. En partie à cause d’une veillée arrosée, à la façon des madeleines de Proust, il va se remémorer son enfance. Sa douce prime jeunesse. Le grand incendie de 1960 qui détruisit tout ce qui était matériel dans sa vie. La dure remontée de la pente, avec le travail acharné de son père — coiffeur et fier de l’être — qui se tuait à la tâche pour faire vivre ses proches et rembourser la dette qu’il avait contracté auprès de sa belle famille pour reconstruire un salon de coiffure. Le douloureux départ de sa mère du foyer familial. Et la dégradation de ses relations avec son père, rendu responsable à ses yeux de ce départ.

Mais voilà. Est-ce la maturité, ou quelques révélations faites par ses oncles, Yoichi Yamashita va se rentre compte — mais trop tard — qu’il avait été injuste avec son père. Et qu’il était peut-être le principal responsable de ce temps perdu à lui en vouloir injustement.

Assurément, on se rend compte de deux choses avec ce livre : à la fois, de la distance qu’il existe entre notre vie d’occidentaux et celle des japonais. Concernant le style de vie, les échelles de valeurs, les coutumes, la façon de voir les choses, de les analyser… les écarts sont grands. Et inversement, on réalise qu’il existe une certaine universalité. Dans les sentiments. Dans les erreurs que nous sommes amenés à faire, à regretter…

Bref, le manga est un excellent moyen (d’autant qu’il couvre des domaines et des styles très variés) de découvrir une autre culture, qui elle-même nous fait découvrir des choses sur nous même, et nous montre que ce qui est évident pour nous ne l’est peut être pas pour tous…

download Fond musical : BO de Princess Mononoke – La légende d’Ashitaka

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Mais non, pas la mienne ! Celle de Pénélope Bagieu. Quoi, vous ne connaissez pas Pénélope Bagieu ? Là, vous exagérez, je vous en ai déjà parlé, et je lui ai même déjà piqué une illustration : c’est elle qui dessine le blog ma vie est tout à fait fascinante (blog qui s’appelait avant Pénélope Jolicoeur). Ya même un bouquin qui était sorti l’année dernière, dont elle est la source d’inspiration.

Bref, on retrouve dans ce recueil de 94 pages une grande partie de planches déjà visibles sur son blog, et quelques inédits. Que vous connaissiez ou pas son blog, allez-y, lisez ce bouquin : vous allez vous poiler quelques minutes (trop peu à mon goût ; en effet, c’est le reproche que je ferai à ce livre, trop court, on en redemande).

Bref, ce livre est une compilation de planches d’une pages ou deux, qui sont des clichés de la vie de Pénélope, qui est emblématique de l’idée reçue qu’on se fait de la fille de 20/30 ans. Et tout ça, traité avec humour…

Fond
musical :

 

 

Roy OrbisonOh pretty woman : utilisé dans la BO de pretty woman


Voilà bien un livre que j’ai pris par défaut, parce que je ne trouvais rien d’autre à l’époque où je l’ai acheté, et qui se révèle être un excellent choix.

Chloé est malheureuse. Adrien, son mari vient de la plaquer, pour s’envoler avec sa maîtresse, la laissant avec leurs deux enfants. Le salop hein ? Et pour couronner le tout, c’est son beau père qui l’emmène passer quelques jours dans une maison de campagne isolée avec les deux enfants, en plein hiver, pour tenter de la consoler, pour qu’elle se reconstruise. Un beau père emblématique de ce qu’on déteste certainement tous : le patriarche par excellence, acariâtre, suffisant, pour qui ce qu’on fait n’est jamais parfait, et qui ne dit jamais plus de deux mots d’affiliée, et encore, les bons jours… Un vieux con en somme.

Seulement voilà. Au coin du feu, petit à petit, le vieux con va dire quelques mots. Petit à petit, il va parler. Oh, rien d’extraordinaire, pas de technologie extraterrestre là dessous, pas d’histoire abracadabrantesques. Il va juste parler de la vie. De la sienne, de celle des autres.

Que va-t-il lui raconter ? Je ne vous le dirai certainement pas, c’est tout le bouquin. Mais étrangement, à la fin du livre, on commencera à douter qu’Adrien soit un si grand salop que ça, et que le beau-père de Chloé soit un vieux con… une bien bonne surprise ce livre, oui.

Fond
musical :

 

 

De PalmasJ’en rêve encore

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Comme voulu, pour continuer dans ma série Sagan, je viens de boulimer (néologisme personnel qui signifie gloutonner avec boulimie, gloutonner étant un néologisme personnel…) deux livres singuliers de Françoise Sagan, oeuvres qui ne sont ni un roman, ni une pièce de théâtre.

« Avec mon meilleur souvenir » est un livre publié en 1985, où elle parle de ses rencontres avec des êtres qui lui ont été chers. Êtres qui peuvent être des personnes réelles (Billie Holiday, Orson Welles, Rudolf Noureev, Jean-Paul Sartre) ou morales (on dirait plutôt virtuelles de nos jours), comme le jeu, la vitesse, le théâtre, la ville de Saint-Tropez… et tant d’autres.

« Derrière l’épaule » est un livre écrit près d’une quinzaine d’années plus tard. Il prend la forme d’un essai où « la Sagan » s’est obligée (plutôt mal gré en croire ce qu’elle écrit) à relire sa bibliographie (les romans uniquement) dans l’ordre chronologique, et à commenter chacun d’entre eux. Elle nous donne un oeil critique sur chacun des ouvrages, et nous livre des anecdotes sur l’époque où chacun a été écrit, sur sa vie, sur elle-même (un peu, mais pas trop). Cet essai est un excellent listing de pointeurs qui nous désignent quels seront les prochains romans d’elle qu’on aura envie de lire, et ceux qu’il conviendra d’éviter.

Ces deux ouvrages ne sont pas à proprement parlé autobiographiques, bien qu’ayant certainement inspirés le film qui vient d’être tourné sur elle. Ils décrivent un peu sa vie, sa vision des choses, la femme qu’elle était, sa sensibilité, ses doutes, ses hauts, ses bas. Par pudeur, ou pour ne pas blesser ceux qui lui sont proches, ou tout simplement par oubli, elle laisse aussi des zones d’ombre, dont on devine le contenu à demi-mot.

J’ai, à la suite de la lecture de ces deux livres, le même sentiment qu’après avoir vu le film qui se veut biographique. Ce sentiment d’avoir découvert une femme intelligente, paradoxale, simple et complexe, humaine et détachée, flegmatique et parfois déprimée, mais surtout, ayant une vision juste de la vie, des Hommes, de leurs désirs, de ce qui les anime, de ce qui les blesse…

Il est assez rare que je fasse une citation ici même. Mais en l’occurrence, il n’y a pas une mais deux raisons pour que je fasse celle qui va suivre.

Tout d’abord, j’ai toujours pensé qu’il existe des liens familiaux qui nous unissent à certaines personnes, sans que pour autant, nous n’ayons de façon évidente quelque ancêtre commun dans notre arbre généalogique. Il s’agit en quelque sorte d’une famille qu’on se construit, qu’on compose, plutôt qu’une famille que le sort nous impose. Pour mettre un mot à cette notion, un ami m’a une fois parlé de « génétique affective », terme que je trouve élégant et que j’utilise dorénavant. Or, quelle ne fût pas ma surprise de voir madame Sagan donner elle aussi une définition de cette notion. Cette citation illustre bien ce que j’ai appelé « la justesse dans sa vision de la vie et des Hommes ».

La deuxième raison qui m’invite à reprendre cette citation, c’est que Sagan donne dans la toute dernière phrase de ce paragraphe (certainement sans le savoir) une définition de la frontière (du point de vue affectif) qui sépare le monde de l’adolescence de celui de l’adulte.

Ce paragraphe est extrait de « Derrière l’épaule », dans le chapitre qui traite de son roman « Un orage immobile » :

<< [...] j’ai toujours pensé qu’il y avait des familles sur la terre et que, en plus de ceux qui partagent votre sang et votre enfance, il y a aussi les familles du hasard, ceux que l’on reconnaît confusément comme étant son parent, son pair, son ami, son amant, comme ayant été injustement séparé de vous pendant des siècles que vous avez peut-être partagés sans vous connaître [ndr: rappelons que Françoise Sagan se dit athée depuis ses 14 ans, et qu'elle ne croit pas en la réincarnation]. Ça n’est pas ce qu’on appelle la famille de l’esprit ni celle des corps, c’est une parenté faite de silences, de regards, de gestes, de rires et de colères retenus, ceux qui se choquent ou s’amusent des mêmes choses que vous. Contrairement à ce qui se dit, ce n’est pas pendant la jeunesse qu’on les rencontre le plus souvent mais plus tard, quand l’ambition de plaire est remplacée par l’ambition de partager. >>.

Fond
musical :

 

 

Tori AmosCrucify


Après avoir vu le film bibliographique sur Françoise Sagan, j’ai eu envie de relire son oeuvre, ou tout au moins, une partie. Et, en tout bien tout honneur, j’ai commencé par le roman qui l’a fait découvrir.

Et là, je dois avouer que pendant les 3/4 du bouquin, je me suis demandé ce qui lui avait valu une telle révélation. Bon sang, cette histoire aurait été une nouvelle de 15 pages, 30 tout au plus, d’accord. Mais 150, c’est 5 fois trop. Vous l’aurez compris, le style traîne en longueuuuur. L’histoire n’est pas mauvaise, mais sans surprise (sauf pour la fin, éventuellement). Alors ? Pour comprendre, je pense qu’il faut remettre ce livre dans son contexte. Il a été publié en 1954 (époque puritaine, où l’on publiait encore des livres sur l’art d’être une femme au foyer parfaite), par une demoiselle de bonne famille de 17 ans. L’histoire parle d’amour, démontre quelques talents d’introspection, dans un univers de jetseters qui pouvait faire rêver. Voilà certainement les ingrédients qui ont initialisé la notoriété de celle qu’on appellera ensuite « la Sagan ». Mais j’ose espérer que ce livre n’est pas emblématique de ce qui a valu à son auteur une telle célébrité. Aussi, je vais continuer sa découverte (mais plus en lisant ces autobiographies cette fois-ci, la femme m’intéressant plus que ses romans).

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musical :

 

 

RoxetteIt must have been love


Je vous résume la 4ème de couv’ : Renée Michel est concierge dans un immeuble parisien très chic. Une concierge emblématique, d’apparence rustre et de peu d’esprit. Dans cet immeuble vit une demoiselle de 12 ans et demi, Paloma Josse, jeunette déjà désabusée par le monde sur lequel elle porte une analyse froide, qui a décidé une chose : à la fin de l’année scolaire, elle va se suicider, et mettre le feu à son appartement. Seulement, derrière l’apparence simple et stéréotypée de la concierge se cache une personne autodidacte très riche, plus instruite et lumineuse que bien des pensionnaires (pourtant riches et de haute société) qui habitent l’immeuble. Mais à cause de son éducation, faite dans une famille modeste au milieu d’un village retiré du monde, où il est enseigné que chaque sujet doit rester à sa place dans la classe sociale qui est la sienne, mais aussi, à cause d’un accident qui est arrivé à sa soeur, cette culture et cette soif de savoir restera introvertie, sciemment cachée. Heureusement, l’arrivée inattendue d’un nouveau propriétaire, Kakuro Ozu, d’origine japonaise, va changer les relations entre ces êtres…

Ce livre est avant tout une ode à la connaissance. Un hymne à ce qui est beau dans la littérature, et de façon générale, dans les arts. Le style du livre alterne entre des chapitres écrits par Mme Michel, et des extraits d’un journal tenu par la jeune Paloma. Le journal de Paloma ressemble à certains blogs que je lis, qui regorgent de pensées profondes personnelles, de descriptions de clichés de la vie quotidienne, de regards sur le monde, de récits d’expériences… Les chapitres provenant de la pensée de Renée Michel se veulent beaux (elle aime la belle grammaire), lucides, riches, drôles (si vous lisez ce livre, vous penserez à moi lorsqu’elle parle de la mitre du pape, j’ai beaucoup rit). Bref, le style est riche et très "soyeux" (expression piquée au bouquin ;-) ).

Pour résumer : ça n’est pas un livre qui vous rendra plus intelligent, ni nécessairement plus instruit. Mais c’est un roman plaisant, qui peint l’humanité, et qui vous invite (si ça n’est déjà fait) à faire la part de ce qui paraît et de ce qui est. Qui pourra vous conforter dans cette idée qu’il ne faut pas s’arrêter sur ce que les gens valent selon des critères sociétaires, selon un CV ou un poste à responsabilité, mais qu’il faut plutôt regarder sous cette croûte la valeur de chacun, à travers sa curiosité, sa richesse, la profondeur de ses pensées, sa volonté d’atteindre le bien, de toucher le beau. C’est enfin (et à nouveau, car c’est fou comme l’idée me suit actuellement) un hymne à la vie, qui vous invite à vivre profondément, sans attendre, et sans tabou l’instant présent, et tout ce que le quotidien peut vous apporter de plaisant…

Fond
musical :

 

 

BO du film DelivranceDueling Banjos