SLAM : Julie

Il y a quelques temps, je vous avais présenté un slameur encore mal connu à l’époque : grand corps malade (qui a fait son p’tit bonhomme de chemin depuis, et qui, me dit-on dans l’oreillette, devrait sortir son deuxième album très prochainement).

Je vous présente aujourd’hui une nouvelle graine de slam, qui devrait faire parler d’elle si les p’tits cochons ne la mangent pas. Il s’agit de Julie. Je vous en prie, allez voir sur son site MySpace, il y a une chanson appelée "femme" (les paroles sont dans son espace blog), qui devrait vous plaire…

Mais le morceau que j’ai choisi de vous présenter ici m’a littéralement transpercé. Je n’ai jamais compris ce phénomène qui fait que la poésie ne me touche pas (je ne me suis jamais extasié sur un poème de Baudelaire ou de Verlaine), alors que les chansons, ou le slam, arrivent à me faire vibrer. En l’occurrence, alors que je ne suis pas spécialement concerné par le sujet traité, le texte et la voix de l’artiste ont réussi à me titiller les glandes lacrymales. Chapeau bas pour la justesse et l’efficacité des mots… Les paroles ci-dessous, et la chanson dans la zone "Fond musical". Enjoy…

Julie – T’es qu’un enfant

Tu n’fais pas l’unanimité dans cette école je te l’accorde,
Faut dire que tu l’as bien cherché, t’as semé le trouble et la discorde,
Dans la cour de récréation tu sais qu’on ne regarde que toi,
Tu fais des représentations, mais au final on n’t’acclame pas,
Pourtant on t’en fait des rappels, on te demande d’être celui
Qui n’doit pas manquer à l’appel, tant il fait office d’alibi,
Tant on se cache derrière lui, et…

Quand tu mets ta main dans ma main, et que tes yeux m’appellent au secours,
J’ai envie d’te faire des câlins, et d’te chanter des mots d’amour,
T’es qu’un enfant, au regard las, que les adultes, n’épargnent pas…

C’est vrai qu’à cinq ans et demi, tu n’avais plus rien d’un enfant,
T’avais déjà d’la répartie, et tu te montrais insolent,
T’as même choqué toutes les maîtresses, la nouvelle s’est propagée vite,
Quand un après-midi de sieste, tu leur as proposé du chit,
Tu t’ventais d’un père débrouillard, qui pourrait leur en procurer,
T’es fier de ce sacré lascar, à la démarche bien assurée,
Et qui pourrait t’le reprocher, mais…

Quand tu mets ta main dans ma main, et que tes yeux m’appellent au secours,
J’ai envie d’te faire des câlins, et d’te chanter des mots d’amour,
T’es qu’un enfant, au regard las, que les adultes, n’épargnent pas…

Tu es le roi de la bêtise, des coups foireux, des mauvais plans,
Et bien souvent tu martyrises à coups de points tes dissidents,
Niveau langage tu n’connais qu’ça, t’excelles dans la violence verbale,
C’est l’prix à payer quand on a hérité d’un papa brutal,
Les coups d’ceinture sur ton visage, sont autant d’scarifications,
Symboles des rites de passage vers l’univers d’la soumission,
Celui de l’incompréhension, alors…

Quand tu mets ta main dans ma main, et que tes yeux m’appellent au secours,
J’ai envie d’te faire des câlins, et d’te chanter des mots d’amour,
T’es qu’un enfant, au regard las, que les adultes, n’épargnent pas…

T’es maltraité par tes parents par le système éducatif,
Et dans la salle des enseignants, j’distribuerais bien des gifles,
A tous ceux qui n’ont pas compris que ton cartable, c’était ta croix,
Et qui plus est ont du mépris pour ta jolie main de Fatma,
J’te décerne le prix du courage, la palme d’or de la franchise,
Tu s’ras l’premier en haut d’la page de mes souvenirs d’institutrice,
Tu s’ras l’premier d’ma liste, parce que…

Tous les jours tu me tends une main, si forte et fragile à la fois,
Et pour m’assurer que demain sera plus clément avec toi,
Je t’emmène au… pays des mots, pour que plus tard, tu te connaisses,
Je t’emmène au… pays des mots, pour que plus tard, tu saches, que tu es beau.

Edit. du 05/12/2007 : à la demande de l’auteur, j’ai retiré mon propre lien pour écouter la chanson. Veuillez suivre ce lien pour voir la page MySpace de Julie, et ce lien vers le player MySpace pour l’écouter.

Fond
musical :

 

 

JulieT’es qu’un enfant


Commentaire

SLAM : Julie — 7 commentaires

  1. je ne peux évidemment qu’applaudir, à cause de mon taff, mais aussi à cause de mon fils, qu’ils vont finir par rendre dingue…

  2. Enfant prétexte, enfant malmené par les siens, broyé par un système, il y en a tant comme cela. C’est terrible le regard de ces enfants-là, oui, il y a de la détresse dedans, c’est tôt pour ce sentiment. En écoutant je revois des scènes, des petits rudoyés, malmenés, humiliés par les parents, j’en vois hélas, trop souvent….
    Beau texte, plein de sens et de tendresse, voix douce, merci Manu pour le partage 😉

    Je m’en vais écouter l’autre …..

  3. @Firenze : durant mes moments pessimistes, je me demande parfois si les enfants rudoyés ne sont pas plutôt la règle que l’exception… C’est triste.

  4. Je ne sais pas, j’espère que non. Personnellement j’ai pas mal de petits dans mon entourage et aucun que je ne qualifierais de ‘malmené’, j’en vois par contre dans les magasins, dans le bus, dans la rue, à l’école …. ça me fait de la peine, je le connais ce regard-là et, quand je le croise, j’essaie de renvoyer un sourire, un peu de tendresse par les yeux.

  5. @Firenze : oui mais… les gens que nous côtoyons tous les jours sont-ils représentatifs de l’ensemble de la population ? Pas si sûr, malheureusement… Oui, un sourire, c’est déjà ça. Et si plus c’est possible, pourquoi pas.

  6. Non, je ne pense pas que nos relations soient représentatives effectivement. C’est juste que du même coup je ne saurais me prononcer sur la question. J’espère que ça n’est pas ça la règle, pour sur, c’est juste que je ne connais pas personnellement d’enfant qui le soit. J’en vois, te disais-je, ça me fait mal au coeur.

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