SIDA : ça n’arrive pas qu’aux autres…

Il y a dans la classe de mon grand (dernière année de maternelle) une petite Marie (prénom changé pour raison d’anonymat). La petite Marie, comme beaucoup de p’tits bouts de nos jours, était élevée par une mère célibataire, comme sont appelées ces mamans qui, par raison ou par circonstance, élèvent seules leurs poussins. Un p’tit bout d’femme dynamique, ex danseuse classique, du genre belliqueuse et empathique.

Mais – car il y a un mais, pourquoi faut-il toujours que rien ne soit parfait -, elle nous avait révélé, il y a quelques mois, sa séropositivité. Passé la rage à l’encontre de la vie, pas toujours si bien foutue – n’en déplaise à Darwin -, vint la fureur contre nos institutions. Que j’étais candide à croire que, à notre époque, les lois visaient à réduire les ségrégations. Je ne vous ferai pas la liste des métiers qui lui devenaient de fait interdits (comme si le virus pouvait nous sauter dessus). Et je ne parle que des métiers des institutions publiques, car chacun sait – ou tout au moins, devrait se douter – que dans le secteur privé, les règles d’équité n’existent que pour être contournées. Mais était-ce sa fois en la vie, ou son amour envers ses enfants, toujours est-il qu’elle n’a pas baissé les bras, et elle a su cumuler les plus ou moins p’tits boulots pour avancer et vivre… enfin, jusqu’à aujourd’hui.

Pied de nez du hasard, c’est en cette période où les projecteurs sont braqués sur les événements visant à soutenir le sidaction que j’ai appris que plus jamais je ne la verrai, à l’heure où entrent les poussettes dans les cours de récré, amener sa petite Marie à l’école.

Comme chacun le sait, je suis totalement athée. Et pour les gens comme moi, une telle disparition s’ajoute aux preuves kafkaïennes de l’absurdité de la vie. Et rappeler qu’il faut sortir couvert, se protéger, ne pas voir les séropos comme des pestiférés me semble ce soir bien futile, peut-être même inutile. Mais j’avais envie de CRIER ma rage sur mon clavier, dans les tuyaux du net, qui n’avaient rien demandé. Voilà qui est fait. Et ça, comme l’écrivait Audiard : je te dis pas que c’est pas injuste, je te dis que ça soulage

Fond
musical :

 

 

Mike OldfieldRequiem for a city : D’après la BO du film la déchirure.


Commentaire

SIDA : ça n’arrive pas qu’aux autres… — 3 commentaires

  1. de tte façon, à l’heure où on met les vieux au placard, du répulsif pour SDF et des boites sonores répulsives pour d’jeunes, qu’attends-tu de notre socité en terme de solidarité, tolérence, acceptation de l’autre ?

    C’est nous tous qui faisons cette société, c’est nous tous qui entretenons cette peur latente de l’autre, cette espèce de racisme mesquin, gerbatif, etc

    On va même presque jusqu’à dire que c’est de notre faute si on tombe malade, alors c’est le malade, coupable de sa maladie choisie, qui devra payer son traitement, pour ne pas contribuer au trou de la sécu. Alors pour en arriver là, il faut bien commencer en légitimant cette ségrégation que tu dénonces.

    En tout cas désolée pour cette maman dont tu fais éloge de son courage.


    Posté anonymement par virginie (site web)
    • Tu n’as pas tord sur le fond, même si je ne sois pas sûr que cette ségrégation soit explicitement organisée. Elle est juste le dommage collatéral de pensées rétrogrades… Enfin bon, je ne voulais pas être polémique, juste hurler un bon coups… ça fait du bien.

  2. « comme si le virus pouvait nous sauter dessus » ! précision importtante pour la compréhension 😉 merci pour ce bilet, c’est toujours un pmlaisir de vous lire, bye bye

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