Le droit de mourir dans la dignité est une nouvelle liberté démocratique à conquérir

Ce long titre, je n’ai eu qu’à le piquer à la Fédération Nationale de la Libre Pensée. Normalement, l’affaire dont il est question, tout le monde a dû en entendre parler, vu qu’elle est bien relayée par toutes les feuilles de chou. Ceci-dit, si cette polémique concernant l’euthanasie d’Eluana, une italienne qui est dans un état végétatif depuis 17 ans divise l’opinion publique en Italie, nous avons eu le même débat en France récemment avec Chantal Sébir, et un peu plus tôt avec l’actrice Maïa Simon.

Bon sang, j’ai déjà crié que nul ne pouvait posséder un être humain. Nous devons être notre propre maître. C’est vrai dans la vie, mais ça devrait aussi être le cas dans le choix de notre mort ! La plupart des religions monothéistes interdisent le suicide (enfin, ils n’ont pas trop de moyens de représailles, aussi, il promettent l’enfer à ceux qui choisissent cette formule). Mais bon sang, de quel droit ? Pourquoi ne pourrait-on pas choisir de partir quand notre forme physique ne nous permet plus de rester digne ?

Actuellement, en France comme en Italie d’ailleurs, l’euthanasie assistée est interdite. Par contre, on tolère que quelqu’un qui ne vit plus que sous forme de légume puisse mourir… de faim et de soif ! En effet, dans certaines conditions, il est possible de débrancher les tuyaux de perfusion des personnes vivant depuis longtemps dans un état végétatif. Résultat (choquant en ce qui me concerne) : plutôt que d’avoir droit à une mort rapide et calculée, le patient-légume va tranquillement se dessécher, et doucement, tout doucement, va mourir faute d’être alimenté. Est-ce là le seul geste de dignité que nous devons à nos semblables ?

Comme cette pratique de petite mort a du choquer aussi Silvio Berlusconi, il a voulu faire passer (pour l’instant en vain) un décret-loi pour empêcher que l’italienne ne soit débranchée. Toutes les pressions du Vatican, des ministres, des collectivités locales se sont appliquées à mettre en garde médecins et établissement hospitalier pour qu’Eluana reste en « vie ». Mais messieurs, si la mort à petit feu vous choque, n’y a-t-il rien de mieux à faire ?

A titre personnel, je le crie haut et fort. De la même façon que j’ai sur moi une carte de donneur d’organes (une fois mort, si je peux encore servir à quelque chose…), j’aimerais pouvoir porter une carte pour qu’on ne me laisse pas traîner 17 ans à l’état de légume. Et pour que si on décide d’abréger cet état de mort-vie, qu’on choisisse une méthode plus radicale que de me laisser mourir de faim. Comme disait Michel de Montaigne, la mort ne doit être au pire qu’un mauvais quart d’heure à passer. C’est pourquoi si la France continue à jouer les hypocrites, si un jour la malchance veut qu’un tel choix s’impose à moi, c’est en Suisse que j’irai finir mes jours, avec l’aide de médecins humanistes…

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Commentaire

Le droit de mourir dans la dignité est une nouvelle liberté démocratique à conquérir — 24 commentaires

  1. voilà un débat éthique….qui peut décider du droit de mourir de son semblable, de sa date de fin ? pas vous pas moi… Dieu s’il existe jamais ?!…Quelques questions ou remarques suggérées par la lecture de votre article :
    1- est-on dans tous les cas maître de soi ?
    2- le suicide est-il une ultime liberté ?
    3- le patient accompagné à mourir reste hydraté…quid de l’accompagnement ? le débat reste entier sur les soins palliatifs…et la gestion de la douleur associée … et la gestion de la souffrance morale…pour la personne concernée ? pour l’entourage ? Qui peut supporter quoi ?
    Parce que, au fond, qui peut savoir ce qu’il en advient après ?
    Parce que, au fond, faire aveu d’impuissance est toujours tellement difficile ?
    Parce que l’homme est aussi tellement capable certes du meilleur, mais aussi du pire ? L’histoire en est une preuve.
    Alors oui restons vigilants et continuons de nous questionner et de faire avancer le débat… au cas par cas, dans tous les cas, me semble-t-il, en associant les différents champs d’expertise : professionnels de santé, philosophes, religieux, sociologues, juristes…

  2. @notreprefleuri: merci pour ton commentaire, qui ouvre le débat. Réaction à chaud:
    1- je n’ai pas dit qu’on était tout le temps maître de soit. J’ai dit qu’il allait tendre vers ça. Et pour les cas où ça n’est pas possible (comma par exemple), on doit pouvoir laisser des consignes en ayant l’assurance qu’elles seront suivies.
    2- le suicide une « ultime » liberté ? Ultime, je ne pense pas. Mais une liberté à conquérir, oui.
    3- oui, je vais dire les choses crument : celui qui « accompagne » la mort de quelqu’un qui souhaite jeter l’éponge parce qu’il ne veut plus se battre face à une maladie commet un assassinat. On peut le voir comme ça. Mais c’est un meurtre commandité par la seule personne qui devrait avoir le droit de le faire : la victime elle même.

    Je crois qu’on s’est mal compris. Je ne VEUX PAS imposer une règle. Ta phrase « qui peut savoir ce qu’il en advient après » prouve bien que tu n’as pas tout à fait compris ce que je veux. Bien sûr que PERSONNE ne peux savoir ce qu’il se passera après. Et donc, vu que tout ça est une histoire de foi individuelle, tu as raison, PERSONNE ne doit pouvoir décider à notre place.

    Je ne demande pas à ce que quelqu’un prenne une décision à ma place. Je ne peremttrais pas de prendre une décision pour l’italienne qui est dans le comma depuis 17 ans. Ça n’est pas à moi de le faire. C’était à ELLE de le faire quand c’était encore possible.

    Je pense que la solution est super simple : j’ai toujours dans mon porte feuille un document que j’ai signé qui indique que je fais le dont de mes organes. Pourquoi ne pourrait-on pas ajouter quelques croix à cocher du genre « mettre fin à ma vie si comma végétatif », etc. Ainsi, ça ne serait pas aux autres de prendre là décision pour moi.

    De même, si un jour une maladie ne laissant aucun espoir de rémission me frappait, je voudrait avoir le choix de pouvoir jeter l’éponge quand je veux, quand je décide que continuer ne vaut plus rien. Quand JE décide que la vie, ou plutôt la petite mort (malgré tous les soins palliatifs que vous voulez) ne m’apporte plus rien, ni à moi, ni à mes proches. Là encore, je ne veux pas qu’on décide à ma place. Juste qu’on respecte ma volonté.

    Je comprends tes craintes. Si c’est mal fait, ça pourrait amener à des abus. Par contre, si c’est juste respecter les consignes données par celui qui est concerné, où est le problème ? Parce qu’à l’inverse, même si ça n’est pas mon opinion, je me battrai pour qu’on maintienne en vie jusqu’au bout quelqu’un qui est dans un état végétatif (même s’il doit rester 30 ans sous forme de légume) si tel était sa volonté.

    Chacun doit pouvoir choisir pour lui, ce qui éviterait aux autres d’avoir à se poser la question pour les autres…

  3. c’était inévitable ! sourire.. le débat est passionnel …
    je souris forcément parce que vous avancez des propositions, lesquelles régleraient certaines questions… mais en poseraient d’autres, toutes autant dérangeantes..
    Avec le système du  » y a qu’à faut qu’on.. « , on refait le monde et les hommes..
    je maintiens que l’homme n’est pas, dans tous les cas, toujours maître de lui…et ce qui peut lui apparaître opportun à un temps T n’est plus valable à temps T+1…
    l’être humain est vulnérable, c’est ce qui fait sa grandeur et sa richesse… alors, laissons lui aussi le bénéfice du doute et celui de ne pas savoir toujours bien ce qui peut être le mieux pour lui… et pour les siens, lorsque l’entourage se trouve confronté à ces situations. d’ailleurs vous dites vous même que la décision n’appartient qu’à soi ! – Alors, vous en conviendrez :  » les consignes à respecter  » ? … c’est un argument recevable mais si peu réaliste – c’est ma manière de penser –
    enfin, je ne pense pas – non pas – que la solution soit  » super simple « … qui peut savoir avant de le vivre ? je l’ai vécu… je ne regrette pas, je m’habitue. sourire. c’est dans tous les cas une histoire singulière, fonction du contexte, du sujet, des croyances etc.
    et puis je vais pousser un peu ma pensée en disant que de demander à autrui de respecter et de faire appliquer ses dernières volontés a quelque chose de bien indécent à mon sens voire d’égoïste… même par amour ou fraternité…quelle responsabilité !
    vous savez je n’ai que peu de craintes pour moi..en revanche, j’en ai quelques unes pour la nature humaine… et je ne suis plus celle qui un jour a accepté de porter cette charge, si lourde charge pour autrui… pour qui au juste ?… pour soulager mon parent ? pour me soulager moi ?
    pour terminer, je dirais que si chacune et chacun est libre de ses choix.. choisir c’est aussi renoncer… et aujourd’hui,je renonce à devoir me prononcer en répondant par l’affirmative à une personne me demander de l’aider à mourir… je mettrais néanmoins en oeuvre ce que je peux pour l’aider  » au passage « , en essayant de la soulager et de l’apaiser..je ne déciderai pas pour elle… parce que vous avez raison.. qui peut décider du droit de vie et de mort pour autrui ?…
    c’est un peu long pardonnez moi… peut-être aussi un peu confus…

  4. moi aussi j’ai ma carte de donneur d’organes
    et j’ai bien expliqué à mon fils que si je devais casser ma pipe au ralenti, pas d’acharnement thérapeutique, pas de connerie de ce genre, mais un truc propre.
    J’ai déjà été handicapée, çà va , j’ai donné.
    La souffrance, j’ai testé, c’est pas mon truc 🙂

  5. et je rajouterai ce ci, au XXI siècle, nous ne savons plus mourir.

    Avant, celui qui survivait après ses 18 ans, pouvait voir une bonne partie de sa fratrie morte, avoir changer de belle-maman morte en couche plusieurs fois.
    Et si on n’avait une grave maladie, on mourait. Point.
    Et quand on avait un mort dans la famille, le village, le quartier ou au moins la famille se réunissait autour du mort, pour le laver, le veiller.

    Aujourd’hui on meurt seul dans une chambre d’hôpital aseptisée et on se gausse de ce qui est morale ou pas.
    Mais déjà réhabilitons la mort, redonnons-lui sa place sociale et métaphysique qu’elle n’aurait pas du quitter.

    Si çà se trouve avant, quand on avait un vieillard sénile qui tardait à mourir, ou un malade souffrant, on l’aidait un peu. Çà ne se voyait pas, pas avec les moyens de l’époque.

    Aujourd’hui, avec les drogues et machines, on réanime un port. J’ai été témoin de cela. On en fait quoi du légume après?
    C’est malin de l’avoir « réanimé » ! 3 mois pour prendre la décision de le débrancher ….

    Il conviendrait de réapprendre à mourir d’une part, et d’autre part d’arrêter de se prendre pour des Jésus .
    Et la loi ou le code morale reviendra dans sa première simplicité.
    J’ai dit.

  6. A vous lire toute les deux, je vois bien que le débat est passionnel. Normal : vous avez dépassé le stade où je voulais le laisser. Même si j’ai ma propre opinion, je ne vais certainement pas trancher pour l’un ou l’autre de vos deux avis. Quand je vois Virginie qui commence à parler de code moral, je me sauve en courant. Quand je lis notreprefleuri qui dit qu’il est difficile de prendre une décision concernant un proche, là aussi, je dis stop.

    Et oui, mon propos était super simple. Oui oui, pour le coup, un simple « yaka » suffit. Ça ne veut pas dire que ce que je propose doit mettre fin au débat. Bien au contraire… Il faut débattre, pour que chacun puisse se faire sa propre opinion.

    Moi, ce que je veux, c’est une choses toute simple : qu’on respecte MON CHOIX. Si j’ai fait le choix conscient et éclairé de ne pas être réanimé, qu’on exécute ce choix comme s’il s’agissait d’un testament. Si, inversement, je préfère qu’on me maintienne en vie, au risque que le réveille n’arrive jamais, ou que je me réveille à l’état de légume, parce que finalement, il y a quand même une chance (ça arrive) que je me réveille et que je soit bien, qu’on me laisse aussi ce choix, et qu’on le respecte. Si je suis atteint d’un cancer incurable, mais parce que l’énergie du désespoir fait que je veux me battre jusqu’au bout, parce que chaque minute de vie est importante, alors, qu’on m’aide à vivre. Inversement, si à un moment, je veux jeter l’éponge parce que ce j’estime que ce qu’il me reste devant moi n’apportera plus rien, qu’on m’aide à partir.

    Oui, c’est finalement assez simple. Évidemment, je suis d’accord. On peut toujours se dire « il a fait ce choix X ou Y, et alors qu’il est dans le comma, qu’il ne peut s’exprimer, peut être qu’il essaie de nous crier qu’il veut changer d’avis ». Oui, mais ça, on ne le saura jamais. Alors, si vous pensez qu’il vaut mieux penser à sa place parce qu’on sait mieux que lui ce qui est bien…

    C’est pourquoi l’assurance que le respect des volontés de chacun ne doit pas être fait par un proche. C’est trop dur. Il y a trop d’affectif. La volonté de chacun en ces moment là doit être réalisée par quelqu’un qui n’a pas de lien affectif avec la personne concernée… Et le débat doit avoir lieu AVANT. Pas après 17 ans de longueur végétative…

  7. – est-on prêt(e) à mourir ? qui sait sa dernière heure ?
    et tant mieux… car souvent, on se leurre aussi un peu je pense entre cesser de souffrir et vouloir mourir.. le  » je préfèrerais mourir plutôt que vivre cela  » n’est pas à prendre nécessairement au pied de la lettre .
    seul le condamné à mort connait la date de sa mort.. il s’en sait pas l’heure !…
    bien sûr Virginie vous dites juste je trouve, il semble essentiel d’accompagner le mourant au mieux… de le soulager, de le masser, de le bercer.. ou de le laisser tranquille…
    est-ce une question de lieu ? là encore, je pense que le sentiment qui anime les proches, ceux qui restent est aussi celui de la culpabilité… mais, in fine.. face à la mort, on est toujours seul… ici ou ailleurs.
    avec « nos » morts, nous sommes face à soi.. à ce devenir.. à notre finitude, à notre angoisse de notre fin sans savoir ni quand, ni comment, ni pour où… ou pour nulle part ! -sourire.

  8. Emmanuel, donnez-moi la clé, lorsque vous l’aurez trouvée, qui permet de savoir ce qui pourrait m’arriver un jour et pouvoir aussi (le plus important) connaître mon état d’esprit du moment qui orienterait mon choix, en fonction de moi forcément, en toute connaissance de cause, mais aussi en fonction de ceux que je pourrais laisser…
    vous avez définitivement le choix.

  9. @notreprefleuri: assurément, on a posté un commentaire quasiment à la même seconde 😉
    Non, on ne connait pas la date de sa mort. Heureusement. Et justement, ça n’est pas normal de le savoir (merci, ça me donne un nouvel argument contre la peine de mort 😉 ).
    Est-on prêt à mourir ? Il y a des gens qui se suicident, alors que vu de l’extérieur, tout le monde pourrait penser qu’il n’y a vraiment aucune raison pour ça… Alors… Le débat reste ouvert. Mais il existe tout de même un principe de réalité : notre conscience. Si une partie de nous ne souhaite pas mourir, il y a des gens (je pense par exemple à Maïa Simon ou Chantal Sébir, mais il y en a plein d’autres moins connus) qui décident à un moment que oui, il vaut mieux mourir. Et assurément, rien ne peut leur faire changer d’avis. Dans ce cas, qui sommes nous pour leur interdire ce droit ??? D’accord, il est possible qu’une grosse partie de la population soit incapable de faire, ou d’assumer ce choix. Mais quand ça arrive, pour le leur refuser ?

  10. @notreprefleuri: forcément, comme nous débattons « en live », ma réponse vient avec un commentaire de retard. Vous voulez que je vous donne LA CLE pour savoir dans quel état d’esprit VOUS serez au moment de faire le choix ??? Mais c’est vraiment impossible. Aussi, je vais vous poser la question autrement. Parmi les deux alternatives suivantes, qui ne sont ni l’une ni l’autre acceptable, laquelle est la moins pire ?

    1) que quelqu’un de l’extérieur, un proche par exemple, essaie de deviner ce que ferait la personne qui est dans le comma en pareille circonstance ? Du genre « oui je sais qu’elle voulait tel choix, mais bon, la connaissant, maintenant qu’on est au pied du mur, je suis sûr qu’étant donné les circonstances, elle regrette, et qu’il/elle préfèrerait agir autrement……. bla bla bla

    ou bien

    2) la personne qui m’est chère a exprimé, par le passé, tel choix. Peut-être qu’aujourd’hui, vu les circonstances, elle exprimerait peut être autre chose. Mais bon, comme je n’ai absolument aucun moyen de le savoir, je respecte ce choix.

    Personnellement, je trouve le choix 2 bien plus logique… Maintenant, l’une comme l’autre de ces deux solutions sont tout de même moins pire que la solution actuelle. En effet, rappelons que la solution actuelle est une troisième solution : l’état choisit à ma place. Super !!!

  11. je n’ai pas tout suivi des débats sur les deux cas cités… néanmoins pour Chantal Sébir, ce qu’elle ne supportait plus, c’était la douleur insupportable et non soulageable avec une évolution dramatique de sa maladie… et la mort… dans tous les cas… certes, l’envisager de cette manière est terrible.. si tous les morts d’arrêt cardiaque le savaient avant ? …
    quid !
    quant aux suicidés… le plus souvent, ces personnes disent (celles qui ont raté! )qu’elles ne voulaient pas nécessairement mourir…  » mais ne plus souffrir  » …
    pas que la vie s’arrête…
    ce n’est pas  » naturel  » (c’est mal dit) de mettre fin à ses jours…
    ensuite c’est une question de la destinée de chacun…
    commencer à vivre, c’est déjà mourir un peu, c’est surtout savoir qu’il n’y aura qu’une fin.. la mort… voilà ce qui est sûr… encore aujourd’hui, jusqu’à preuve du contraire…
    la manière de mourir renvoie à cette angoisse fondamentale… et quelquefois, on peut se dire que pouvoir tout prévoir avant est aussi un peu rassurant ! …
    c’est un peu dit en raccourci mais l’idée est là.
    c’était un peu mon idée lorsque j’évoquais tout à l’heure  » l’ultime liberté  » ! comme l’idée est séduisante…
    j’en ai terminé – merci à vous…

  12. je ne sais pas répondre à votre exercice.. je m’en sors par une pirouette : Dante a dit  » autant que savoir, douter me plait  » … et l’adage qui dit… dans le doute abstiens toi… me va bien…
    si je ne sais pas ce que la personne agonisante souhaiterait, je m’abstiendrai de ce que cette même personne aurait pu espérer avant… et je me rallierai aux personnels compétents (si si je vous assure il en existe…)pour accompagner au mieux la fin de vie de cette personne.
    Emmanuel, en France ce n’est pas l’Etat qui décide .. c’est un conscensus partagé… et un débat ouvert et qui évolue certes lentement mais qui tient compte à mon sens des singularités, en humanité… Ensuite, vous savez autant que moi, lorsque les médias se saisissent d’un fait… il faut aussi savoir raison gardée… essayer de comprendre les manipulations… et surtout… ne pas se voiler la face.
    en substance, la mort est un problème pour tous.. pour moi la première… qu’à dit déjà Woody Allen à ce sujet ! sourire…
    au fond, je pense que nous devons bien se rejoindre un peu …

  13. @notreprefleuri: chouette, j’ai bien fait d’attendre un peu, je vais pouvoir répondre aux deux commentaires d’un coup comme ça 😉

    Bien sûr que Chantal Sébir, Maïa Simon, et tous les suicidés dont vous parlez préfèrent la mort plutôt que souffrir. C’est sûr que si je ne souffre pas, la vie m’est bien plus agréable…

    Mais attention (car je vous vois venir avec vos soins palliatifs) : la souffrance n’est pas nécessairement physique. Je peux souffrir atrocement de ne plus pouvoir lever le petit doigt et dépendre de quelqu’un pour faire le moindre geste, voir mes journées limitées à regarder le plafond ou pire, la TV… Bref, comme pour le coup, la science ne pourra rien pour moi à long terme, si je fais le choix éclairer d’arrêter tout, qui a légitimement le droit de m’en empêcher ???

    Quant à la remarque de Dante, elle me convient. Oh oui qu’elle me plait justement… Personne ne doit avoir la prétention de savoir. Par contre, en déduire que « dans le doute, abstinent-toi »… C’est vrai quand on cogite. Mais il est des moments où il faut agir. Où on ne peux pas rester à rien faire. Et là, on a beau avoir un doute, on prend une décision, au mieux de ce qu’on pense être bien, à l’instant T où on décide. Ne rien faire est parfois la pire des solutions.

    En France, ça n’est pas l’Etat qui décide, mais un consensus partagé ? Si seulement… La pour le coup (mais c’est un autre débat), je ne partage pas votre avis…

    Réellement, je ne comprends pas le débat (qu’il soit médiatisé ou pas d’ailleurs). Je veux juste qu’on respecte le choix des personnes qui en expriment un. Désolé, mais ça me gêne profondément de savoir que je peux dire ce que je veux aujourd’hui, le crier le plus fort que je veux, signer tout ce que je veux, le jour J, ce choix, qui ne concerne que moi et moi seul, ne sera pas respecté. Vraiment, je ne vois pas pourquoi il y a débat, sur ce point…

  14. dans ce pays qu’est la France, personne n’a droit de vie ni de mort sur autrui, sur un être humain et plus précisément sur la personne qu’est l’être humain (en référence avec un autre débat … ivg..)… est- ce bien est-ce mal ? ce n’est pas le propos… c’est un problème éthique de premier ordre.. il concerne en première instance l’humanité…. lorsque l’on sait les atrocités que nous laisse l’Histoire… la question se pose quand même de mettre un peu d’ordre et de s’assurer quelques garanties…
    aussi, si je pousse à l’extrême, et si je vais au bout du raisonnement, le jour que j’ai choisi, seule tranquillement et sans rameuter la meute des médias, je mets fin à mes jours… et j’essaie de ne pas me rater ! pour éviter de rejoindre la cohorte des personnes en état végétatif ! le comble…
    c’est un peu caustique… c’est une solution néanmoins…

  15. Ah non mais d’accord, il ne faut pas se rater… Ça me convient. Quand on peut ! Or, justement, je parle des cas (comma, forme physique réduite à néant) où on ne peut pas faire les choses tout seul.

    Ensuite, les choses qui peuvent déraper comme vous dites… je suis moi aussi un peu caustique (avec moi même, un comble). Longtemps je me suis dit « mais enfin, pour tel Horrrrrreur qui s’est produite dans l’histoire, les gens devaient savoir ! Pourquoi n’ont-ils rien fait ??? « . J’ai aujourd’hui la réponse : par lâcheté. Par confort… A titre personnel, je pense qu’il se produit en Corée du Nord des choses que les nazis auraient pu revendiquer. Comme au Darfour il y a peu, ou ailleurs. Même en France, on met des gens dans des cages, tout simplement parce qu’ils ont commit le crime de s’être promené sur une voie publique (et qu’ils n’ont pas des papiers français pour le faire). Et qu’est ce que je fait contre tout ça ? Rien. Au mieux, je blogue…

    Alors je pense que le fait de respecter mon propre choix de mettre fin à mes jours quand je veux et que je ne peux le faire par moi même n’est certainement pas ce qui manque à un groupuscule donné pour réaliser toutes les atrocités qui ont marqué l’Histoire.

    Je m’écarte du sujet, mais je pense qu’il existe dans l’humanité des gens intrinsèquement atroces. Il existe des mécanismes (Cf expérience de Milgram) qui permettent à ces hommes de faire réaliser ces atrocités par d’autres hommes.

    Le problème n’est donc pas d’empêcher à ces exécutants de faire leur geste (il est alors trop tard). Il faut se battre contre les idéologies utilisées par ces commanditaires ayant des desseins atroces, et contre ces mécanismes qui leurs permettent d’aliéner les autres, afin de les pousser à faire de basses besognes qu’ils n’auraient pas faites en temps normal…

    Permettre à quelqu’un de répondre à ma demande éclairée de mettre fin à ma propre vie à moi (et à coté, chacun fait ce qu’il veut) ne me semble pas entrer dans ce schéma d’aliénation ou de pensée fasciste…

  16. bien sûr je trouve votre propos juste
    il faut distinguer deux situations :
    1- attenter à ses jours et en finir avec la vie soi-même
    (mais risque de non assistance à personne en péril – législation française)
    2- demander l’assistance d’un tiers pour nous donner la mort, partant du principe que nous l’avons demandé expressément.
    valider cela est un risque.. une porte ouverte .. à l’eugénisme par exemple… et à  » éliminer  » de manière plus ou moins naturelle celles et ceux qui pourraient déranger.. dont on ne sait que faire… etc.
    bien sûr que l’on ne peut pas faire l’amalgame et tout mélanger.
    néanmoins, je pense que  » l’homme est un loup pour l’homme « … aussi gardons nous bien de vouloir légiférer… pour notre bonne conscience, notre confort, nos égoïsmes…
    la prudence et la sagesse doivent nous guider…
    relisons les grands sages…
    (une idée pour votre liste de lectures à venir … Hannah Arendt – Eichmann à Jérusalem ).. Ca nous éloigne un peu du sujet.. quoique ! …

  17. Non non, ça ne nous éloigne pas du sujet, tout se tient. Tu auras remarqué (désolé, ici, j’ai tendance à tutoyer tout le monde) mon coté égoïste 😉 Moi, je dirais plutôt individualiste. C’est incompatible avec les dangers dont tu parles (sur lesquels je mettrai le mot de fascisme, dans sa facette la plus noir). Quel rapport entre le fait que je demande à ce qu’on abrège mes souffrances si un jour je devait en avoir besoin, et le fait de penser que l’Homme irait mieux si on prélevait ses branches soit disant les moins dignes ? Les nazis n’ont pas eu besoin de ce genre de loi pour faire leur sale besogne (je parle des nazis, mais j’aurais pu malheureusement choisir bien d’autres exemples). Avec ce genre d’argument, on peut tout dire. De plus, cette autorisation d’assassinat (pour l’appeler ainsi) doit être bornée aux gens qui en ont fait expressément la demande suite à une réflexion personnelle et éclairée. Et elle s’applique après un accident ou une maladie dont l’issue laisse peu de doute…

    Enfin bon, je ne cherche pas à convaincre. Merci pour ce débat d’idées. En effet, je vais être honnête. Je ne voyais pas trop les arguments que pouvaient avoir ceux qui sont contre le genre de loi que je demande (qui me semblait simple, et ne m’apparaissait pas comme dangereuse). Tu m’as éclairé, je m’incline 😉

  18. Dans l’euthanasie, on a deux grandes catégories bien différentes : celle où la personne est en état de s’exprimer, sur son état actuel, et celui où la personne ne peut pas s’exprimer, ou où sa volonté est générale et non liée à un contexte.
    Dans le premier cas, je suis (évidemment) pour défendre le droit qu’à la personne de choisir le moyen de quitter dignement une vie de souffrance.
    Dans le second cas, comment faire ? Donner le pouvoir à quelqu’un de décider de la vie (certe avec souffrance) ou de la mort de quelqu’un ?
    Dans le cas d’Eluana, il ne semble pas qu’elle ait laissé d’instructions particulières.
    Quant à la laisser mourir de faim plutôt que d’utiliser des moyens plus actifs, ça me semble être cruel et « faux-cul ».
    Pour terminer : c’est un couple qui regarde une émission de télé sur l’euthanasie. Le mari : « si jamais tu me vois dans un état végétatif, dépendant d’une machine, nourri de liquides, débranche les machines ». La femme se lève, éteint la télé, éteint l’ordi et balance la bouteille de bière à la poubelle.
    Désolé 😉

  19. @Fab: et bien forcément, si la personne n’a pas laissé d’instruction… Pour moi, il est évident que je demande à ce qu’on respecte ma volonté, du moment que je l’ai exprimé. Et je pense qu’il faut qu’il y est débat, à un moment donné, justement pour que les personnes prennent éventuellement une décision. Maintenant, si malgré ça, aucune consigne n’est donnée… Alors là, je n’ai fichtrement aucun avis. Pire, j’aurais tendance à m’interdire d’en avoir un… ce qui est une réaction qui ne va pas faire avancer les choses…
    Et pour ta blague, ne t’excuse pas : je la connaissais et pour autant, elle m’a de nouveau bien fait marrer 🙂 Elle tombe juste à propos.

  20. coucou,

    je lis enfin tous ces échanges.
    Quand on parle d’euthanasie, moi j’avais compris dans la définition même du mot que c’est la personne souffrante qui décide de ne pas continuer à vivre et qui a besoin de moyens techniques pour mourir comme la tétraplégique du film « mourir pour 1000 millions de dollars ». Les personnes qui fournissent ces moyens techniques sont généralement jugés pour leur geste.
    Là je rejoins complètement Emmanuel sur ses revendications d’avoir le droit de mourir quand bon lui semble.

    Maintenant, une personne qui n’est plus consciente ne va rien décider. Là çà devient délicat : débrancher ou pas débrancher.
    Je répondrais simplement : pas d’acharnement thérapeutique. rester dans un espèce de bon sens pour garder du sens à la vie. Et les questions d’euthanasies disparaissent naturellement.

    Car beaucoup de situations insupportables sont créées par une surmédicalisation du mourant, qui lui , ne peut plus mourir en paix. Là je dirais que la médecine craint.
    Il y a des avancées techniques. Ca peut être bien, si çà ne déforme pas la définition d’un être vivant.

    La blague de Fabien est très pertinente. J’aime.

  21. @Virginie: <<Car beaucoup de situations insupportables sont créées par une surmédicalisation du mourant, qui lui , ne peut plus mourir en paix. Là je dirais que la médecine craint.>> oui et non. En fait, j’ai mon opinion pour moi à moi me concernant. Après, je veux bien laisser la liberté de chacun à croire ce qu’il veut. Si ça rassure quelqu’un de savoir que tout sera fait pour qu’il soit ranimé, au cas où il ait une toute petite chance de revenir, même si ça n’est pas mon opinion, ça me convient.

    Mon idée était de me savoir rassuré en sachant que si je laisse une consigne, quelle qu’elle soit, elle sera appliquée. Après, comme dit Fab, si aucune consigne n’est donnée, ça se complique…

  22. Je citerai juste un cas, dont j’ai récemment été témoin, et qui doit être révélateur de l’hypocrisie concernant l’euthanasie.
    Considérons quelqu’un, en phase terminale de cancer, inconscient, n’ayant pas formulé quelque volonté que ce soit quant au moyens à mette en œuvre pour le garder en vie. Les médecins lui donnent de la morphine pour soulager sa douleur.
    Il décède d’une insuffisance respiratoire, ce qui n’a rien à voir avec son cancer.
    Personne n’a rien eu à redire.
    Je ne suis pas choqué par le geste. En revanche, je suis choqué par le fait que, pour accomplir ce geste, certaines personnes aient pris des risque. Je suis choqué que, comme ce geste est illégal et que l’on ne peut pas en parler, personne de la famille (à ma connaissance) n’ait été consulté.

  23. Juste pour finir, pour deux sujets qui me tiennent à coeur : il y a deux choses symétriques qu’il faut se réapproprier, pour nous faire sentir notre place sur cette planète, pour nous faire sentir notre animalité, pour nous montrer que nous faisons partie d’un tout
    Réapproprions nous la naissance et réapproprions nous la mort. Les médecins nous ont volé ces deux extrémités du cycle de la vie.
    Je me suis réapproprié les deux, et j’ai senti des connexions se réaliser.
    @Manu : aucune provocation de ma part par rapport au fait que tu bosses dans une maternité 😉

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