Cette question a été posée par mariedesormes dans un récent commentaire, qui en a amené un autre qui m’a beaucoup touché
J’en profite donc pour l’embrasser et la remercier.
En préambule, vous noterez que cet article est classé dans la catégorie «songes», et pas dans la catégorie «philo». Autant dire que le sujet est encore à l’état de friche, et que je n’ai pas fini d’y songer…
Coïncidence, le dernier livre que j’ai lu tente d’apporter une première réponse, que j’ai déjà entendue plusieurs fois : «je sais qu’on peut rire chaque jour et profiter de chaque instant sans réellement être heureux». Autrement dit, le bonheur ne serait pas une somme de plaisirs. L’idée mérite d’être creusée.
J’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, je suis un hédoniste. Commençons déjà par nous fixer comme cible de nous faire plaisir, et de nous faire plaisir en faisant plaisir aux autres, en nuisant le moins possible. Objectif modeste certes, mais réaliste. L’eudémonisme (le bonheur pour tous) est plus noble, plus ambitieux… mais est-il accessible ?
Question de définition tout d’abord. Le plaisir, tout le monde semble savoir ce que c’est. C’est une sensation, une émotion dont la cause est aisément identifiable (délectation culinaire, jouissance sexuelle, plaisir d’offrir, etc.). Remarquons que le plaisir a des effets assurément éphémères.
Par contre, pour ce qui est de définir le bonheur… Tout le monde le cherche, semble savoir intuitivement ce que c’est. Mais quand il s’agit d’en donner une définition précise, ça se complique. Un exemple ? Si je vous demande de réfléchir à des images, des photos, ou des tableaux qui illustrent le plaisir : rapidement, il devrait vous venir en tête des dizaines d’idées (personnellement, je vous sors tout de suite le jardin des délices de Jérôme Bosch). Mais quelle est l’œuvre d’art qui illustre pour vous le bonheur ? Ça se complique non ? Tout de même, notons que la conscience populaire semble attribuer au bonheur une certaine pérennité qui fait défaut au plaisir. Il s’agirait plus d’un état de sérénité ou de plénitude que d’une émotion. Certains vont même jusqu’à définir le bonheur comme étant l’absence de malheur. Je ne crois pas trop en cette dernière définition : comment, sachant que l’Homme semble être un éternel insatisfait, l’ataraxie — cette vie douce et sans problème — peut-elle être synonyme de bonheur ?
A défaut de savoir ce que c’est, peut-être aurait-on quelques pistes pour l’atteindre ? À l’opposé de la citation de Michel Labonne citée au début de l’article, les épicuriens pensent que le bonheur est accessible en cherchant les plaisirs matérialistes sans tomber dans l’excès, sans en devenir l’esclave (mais est-ce suffisant ?).
Certains vitalistes pensent que tout est volonté de puissance (autrement dit, tout est «vie») autour de nous. Que notre destinée est prédéfinie par notre part de volonté de puissance. Le bonheur serait alors de prendre conscience de cette volonté de puissance, d’accepter la destinée qui en résulte (mince, tout serait joué d’avance alors
), et d’en jouir pleinement.
Pour les idéalistes (les anti-hédonistes si vous préférez), le bonheur est ascétique : prières, privations, et autres abstinences dans le monde ici bas est la clé du bonheur, car il ouvrira la porte du paradis dans une hypothétique vie d’outre-tombe. M’ouai… On a asservi des génération d’esclaves avec des idées comme ça.
Hummm… et finalement, si le bonheur n’existait pas ? Ça me conforterait dans mon idée initiale : commençons déjà par être hédoniste, et laissons de coté l’eudémonisme, qui vise un absolu qui n’est peut-être qu’un fantôme. CQFD, ou «to be continued…» ?
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Oui mais voilà… Imaginons qu’un être humain soit asservi durant des années. Par exemple, par des parents tortionnaires dans un premier temps. Puis livré à une jungle violente. Puis à des époux(ses) possessifs et manipulateurs. Qu’obtient-on in fine ? Des gens qui ont passé leur vie à ne pas la vivre, mais à faire le bonheur des autres, sans plaisir pour eux-même. Oh, quand on les voit, ils ne semblent pas spécialement malheureux. Combien sont dans cette situation, obligés de peser chacun des mots qu’ils disent, chacune des actions qu’ils font, pour éviter d’en dire trop, pour éviter dans faire trop, pour ne pas qu’une phrase ou un geste n’engendre des représailles invivables ? Et je ne parle pas uniquement de violence physique. La pression psychologique a des conséquences toutes aussi néfastes et bien plus perverses, car non visibles par les autres au premier coup d’œil.
Tel le syndrome de Stockholm déclenche chez les otages une empathie vis à vis des geôliers, une contagion émotionnelle opère entre le seigneur et son vassal. Mais surtout, il se trouve que le soumis n’a jamais appris à être souverain de sa propre vie. Il n’a jamais appris à se donner le droit d’agir pour obtenir ce qu’il veut vraiment. Pour résumer : la liberté lui fait peur !
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais quand vous regardez le JT à la TV, selon les saisons, il y a des « récurrents ». Reportages sur les campings début juillet, puis ça sera bientôt l’heure des reportages sur les prix des cartables pour la rentrée… Je trouve ça lassant, et pourtant, force est de constater que le présent site semble suivre cette même règle de périodicité. En effet, voici venu le moment de l’année où je vais vous parler des cours de l’
Ceux qui me connaissent le savent : non seulement je ne suis pas déiste (ce qui me place comme une exception dans l’espèce humaine si j’en crois la 
Or, n’est pas athée qui veut ! Face aux questions existentielles, il est tellement plus simple de faire le choix apathique d’une croyance, d’une religion. Les choses deviennent simples : elles sont ce qu’elles sont parce que dieu l’a choisi. C’est ainsi, pas besoin de se poser de question. Aussi, il faut du travail, du recul, de la réflexion, pour oser s’affirmer athée. Il faut trouver soit-même une réponse (ou plus fréquemment avoir l’humilité d’admettre qu’il n’y en a pas) pour toutes les questions auxquels les croyants répondent en allant chercher des vérités gravées au marbre dans leur bible.
Pour vous aider à matérialiser mon fond de pensée, je pourrais passer mon temps à regarder toutes les situations de la vie, et à jouer à un quizz manichéen du style « est-ce que je pense que tel truc est bien ou mal ?« , « faut-il agir ainsi ou autrement ?« , etc. Mais ça serait bien vite saoulant, et vous donnerait une image immodeste de mes pensées, ce qui ne doit pas être le cas. Car oui, rappelez-vous, pour l’athée, avant la naissance, il n’y a rien, après la mort non plus, et entre les deux, nous ne sommes vraiment pas grand chose. La vie se résume en une drôle d’absurdité… Alors, j’ai tendance à résumer ma morale en trois commandements. Attention ! Ce sont les miens, je ne souhaite nullement les imposer (ni à vous ni à personne… enfin si je l’avoue, j’aimerais bien que la première soit appliquée par tous). De plus, rien ne prouve que mon expérience ne me fasse pas changer un jour d’avis. Mais pour l’heure, voici mes trois commandements :
Ces trois règles sont ma façon de supporter l’absurdité de la vie dans insupporter plus qu’il ne faut mes congénères. Cette morale auto-déterminée peut avoir des conséquences qui choqueraient d’autres morales, plus directives (et souvent plus dictées que résultant du fruit d’une intègre réflexion). Mais je m’en fiche. J’ai appris (relativement récemment) que bien d’autres personnes avaient cette vision des choses. Pierre Desproges, Michel Onfray, Nicolas de Chamfort, et tant d’autres… qui ne semblent pas avoir amené leur entourage à devenir misanthrope. Aussi, à défaut d’avoir la certitude de ne pas me tromper, je sais au moins qu’avec ce bagage, je peux avancer sereinement…










