Publications ayant comme libellé ‘politique’

Vous l’aurez remarqué, bien que travaillant dans une structure hospitalière publique, je n’ai jamais posté d’article sur le monde de la santé. Logique : étant fonctionnaire, j’ai un devoir de réserve qui, à défaut d’être législatif ou même réglementaire, m’invite à ne pas mordre la main qui me nourrit. Pour autant, j’ai du mal à ne pas vous parler de ma lecture d’un article du monde, ou des dernières annonces du gouvernement.

En fait, les hôpitaux ont subit depuis 15 ans une succession de mutations, dont la plupart sont méconnues du grand public, et qui, mécaniquement, sont en train de modifier en profondeur l’offre de soin en France. À ce stade, un petit décryptage s’impose.

L’histoire. Il y a 15 ans, il était de coutume de dire que si la santé n’avait pas de prix, elle avait un coût. Le problème est que personne n’était capable de mesurer ce coût. Abyssale certes, mais d’où provenait l’hémorragie ? Impossible à dire. Les budgets des hôpitaux étaient alors attribués… à la tête du client. En gros, chaque année, les caisses des hôpitaux étaient remplies par un « budget global » reconduit sans trop de négociation (dont le montant était plus ou moins important suivant le nombre de lits et le type d’activité effectué dans l’établissement), et par le ticket modérateur (constitué du « forfait hospitalier » — part du séjour non prise en charge par les caisses d’assurance maladie et payée par le patient ou sa mutuelle –, de l’éventuel supplément pour une chambre seule, etc.). Ce budget global était modulé par des chiffres d’activité (mesurés à louche via une Enquête Statistique des Établissements de Santé, la SAE), et par divers autres critères, comme le fait que tel ou tel directeur était pote avec le ministre (pratique pour avoir une rallonge afin de faire construire son plateau technique). Pas de comptabilité analytique digne de ce nom, et aucune contrainte qui incite vraiment les hôpitaux à être rigoureux.

Quant au pouvoir… il était dilué dans les mains des fonctionnaires de la direction des hôpitaux, les DDASS et DRASS, les Agences Régionales de l’Hospitalisation (ARH), les directeurs d’hôpitaux, les présidents des Conseils d’Administration (souvent, des élus locaux influents), une communauté médicale qui pouvait n’en faire qu’à sa tête…

Aujourd’hui : entre novembre 1995 (avec le plan Juppé) et aujourd’hui, plusieurs réformes ont changé les règles. Initiée par un timide PMSI – Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information – dont l’objectif était de mieux quantifier l’activité, les hôpitaux sont aujourd’hui doté « à l’activité » (tarification à l’activité, T2A pour les intimes). Les règles absconses de calcul du budget global sont remplacées par des factures de séjours hospitaliers présentées au fil de l’eau aux caisses d’assurance maladie. En clair, tels diagnostics, tels actes pratiqués sur le patient vont faire tomber son séjour dans un « profil type » (appelé Groupe Homogène de Séjour, GHS), qui détermine le montant de sa facture (vous l’aurez compris, son montant ne dépend plus vraiment de la durée du séjour). La manne des hôpitaux provient maintenant quasiment exclusivement du paiement de ces factures, et de quelques cacahuètes données pour des missions universitaires, de recherche, ou des missions de santé publique…

Coté gouvernance, là aussi, les choses ont changé. Au niveau régional, les pouvoirs détenus avant par les DASS/DRASS, les caisses, ARH, etc. sont concentrés maintenant dans les nouvelles Agences Régionales de la Santé (ARS). Son directeur devient ainsi une sorte de préfet de santé, qui reçoit ses ordres directement du ministère et de ses hauts fonctionnaires. Localement, ce sont les directeurs d’hôpitaux qui ont les pleins pouvoirs, et qui dépendent directement de ces Directeurs d’ARS. Les CA et autre conseil exécutif (devenus Conseil de Surveillance et Directoire) n’ont quasiment plus qu’à donner des avis (qui peuvent être suivis — ou pas — par les directeurs).

Les conséquences : cette « tarification à l’activité » est appliquée de façon quasi identique aux hôpitaux publics et aux hôpitaux privés. Or, ces derniers n’ont pas les mêmes contraintes. Par exemple, ils n’ont pas à supporter les lourdeurs administratives du code des marchés publics – qui impose des monticules de paperasse pour acheter un rouleau de papier toilette – ou du personnel « à statut ». De plus, les hôpitaux publics ont des missions de service public (alors que les hôpitaux privés peuvent focaliser leur activité sur les GHS les plus rentables –vous aurez remarqué par exemple qu’il n’y a aucune clinique privée qui possède un service de pédiatrie ? –).

Et les choses vont plus loin. Ces règles de tarification très libérales imposent aux hôpitaux publics à être plus efficaces : diminution des durées de séjour, restructuration des services, mutualisation entre hôpitaux pour réduire les dépenses… Le contribuable que je suis ne peut être que satisfait. Mais les cliniques privées vont plus loin. Détenues par des actionnaires qui sont pour la plupart des fonds de pensions étrangers cherchant la rentabilité coute que coute, on retrouve dans le monde de la santé privé des pratiques connues dans les milieux industriels : les cadres supérieurs sont plutôt bien payés, mais leurs missions oppressantes consistent à obtenir toujours plus du petit personnel, souvent quatre fois moins nombreux pour un même travail que ce qui est pratiqué dans les hôpitaux publics. Exemple : dans un hôpital public, il arrive que les locaux imposent de découper un service en 4 couloirs de 10 lits ; il faudra 4 infirmières la nuit pour assurer leur surveillance. Dans les cliniques, ces 4 mêmes couloirs déserviront 16 lits, qui formeront une étoile, et la salle de garde sera placée au centre. Deux infirmières pourront alors surveiller 64 lits, au lieu de 4 pour 40 dans le premier exemple. Bref, moins de personnel, un « turn over » de patients plus rapide dû à une diminution des durées de séjour… le personnel est ainsi bien plus sous pression. Se pose alors le problème de la sécurité des soins…

Seconde conséquence : avec l’urbanisation, les hôpitaux situés au milieux de la campagne soignent peu de population. Les praticiens qui y exercent (quand il y en a, car ces sites attirent peu de candidats) pratiquent peu. Or, tout chirurgien vous dira qu’il sera d’autant plus performant qu’il pratiquera régulièrement. Ainsi, on trouve des « hôpitaux de campagne » où le nombre d’accouchements ou d’opérations est insuffisant pour maintenir une équipe médicale suffisamment sollicitée, et donc, performante. Une première réponse à ce problème serait d’organiser un « turn over » des praticiens, en invitant les médecins des hôpitaux des grandes villes à prendre des gardes dans les hôpitaux de campagne. Mais l’état semble plutôt s’orienter vers une solution plus drastique : fermer les hôpitaux dans les campagnes (business is business…).

L’avenir ? On le devine. Une offre de soin concentrée dans les grandes villes. Un tiers des séjours hospitaliers effectués dans les hôpitaux publics appauvris par les règles de tarifications à l’activité qui compensent mal leurs contraintes administratives et leur mission de service public, et deux tiers dans des hôpitaux privés focalisés sur les activités rentables, et pour autant, pressurisés pour dégager un maximum de bénéfices pour leurs actionnaires. Les grands gagnants de ces réformes seront donc plus ces actionnaires, les industries qui ont des monopoles dans le monde de la santé (fluides médicaux, matériel biomédical, etc.), et les laboratoires qui ont toujours des lobbies bien placés pour inviter les politiques à organiser des campagnes de vaccination dès qu’un virus de grippe pointe son nez. Par contre, je ne suis pas sûr que le patient-contribuable y trouve son compte…

download Fond musical : Damien Saez – J’accuse : du grand Damien Saez… son dernier album est terrrrrrrible !

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.


Ce blog est silencieux ces temps-ci, il est vrai, la faute à mes occupations diverses et variées dans la vraie vie. Ça n’est pas pour autant qu’il n’est pas des news qui me font pour le moinssursauter. Et au bout d’un moment, trop, c’est trop. Je vais vous relater deux événements qui semblent n’avoir aucun point commun. Et pourtant…

En août 2009, je lisais un livre : le maître des noms, de Josef LADIK. Et ce matin, je lis le résultat d’un sondage publié par 20 minutes : 58% des français sont d’accord pour interdire les apéros géants.

Le livre de Josef LADIK se passe dans un futur proche. Il décrit un monde très orwellien qui fait froid dans le dos, emblématique de ce que je redoute comme avenir pour mes enfants. Sauf que si le big brother de 1984 semble un peu démodé de nos jours, le monde peint dans le maître des noms ressemble comme deux gouttes d’eau à celui où l’on vit ! Remplacez l’actuelle démocratie molle par une dictature douce, et vous y êtes. Je ne suis pas le seul à penser la même chose. L’amie à qui j’ai donné le bouquin m’a même avoué avoir été troublée à sa lecture, tant il dérange : trop près de la réalité. Il nous montre qu’il ne manque pas grand chose à notre monde d’aujourd’hui pour basculer dans une société où, sous prétexte de vouloir notre bien malgré nous, tout nous est interdit, sauf ce qui profite à quelques individus qui ont le pouvoir.

Ce qui nous rassure, c’est qu’en refermant ce livre, on se dit qu’il reste encore quelques détails qui différencient notre univers de celui du roman. Bon, ce ne sont que quelques détails hein, mais ça rassure. Par exemple, dans la vraie vie, il n’est pas interdit d’organiser des réunions de masse. Les flash mobs ne sont pas prohibés que diantre !…

Alors, quand je lis que, sous prétexte qu’un mec bourré s’est jeté dans un fleuve lors d’un apéro géant organisé via facebook à Nantes, une majorité écrasante de moutons de français est d’accord pour interdire l’organisation de manifestations géantes… je crois rêver ! Mais bordel, réveillez vous !!! Depuis quand y a-t-il a besoin de regroupements massifs de personnes pour que les gens bourrés fassent des conneries ? Les livres de littérature qu’on nous imposaient de lire à l’école m’auront au moins appris que, de tout époque, il suffit d’un ou deux excités, et d’une ou deux bouteilles d’alcool (plutôt trois si vous préférez) pour qu’un accident arrive. Coups de couteau, paris stupides du niveau « à qui pisse le plus loin » qui finissent dans le fleuve… L’interdiction d’attroupement de masse n’y changera pas grand chose !

Mesdames et messieurs les Français, qui êtes prêts à accepter moult lois liberticides sous prétexte de défendre votre petite sécurité, réveillez-vous ! Tout d’abord, ne vous leurrez pas. Ça n’est pas votre sécurité que ces lois défendent. Mais la sécurité de ceux qui ont beaucoup à perdre (leurs milliards, leur pouvoir). Mais pas la vôtre, dont tout le monde se moque. Personne n’interdira un attroupement de trois gus bourrés sur un trottoir. Pourtant, ces trois là seront peut-être plus dangereux pour vous que les milliers de gens un peu éméchés certes, mais s’amusant dans un ambiance bon enfant dans les rues d’un centre ville.

Vous connaissez l’histoire de la grenouille ? Mettez une grenouille dans une casserole d’eau à 60°C. Elle trouvera cette eau trop chaude, et immédiatement, elle fera un bond pour sortir de la casserole. Maintenant, mettez cette même grenouille dans une eau à 20°C. Puis allumez le feu sous la casserole. Vous verrez. Oh, je ne dis pas que, petit à petit, la grenouille ne va pas trouver qu’il fait « un peu chaud ». Mais in fine, vous atteindrez les 60°C sans que le batracien ne se soit sauvé.

Alors, qui sommes-nous en fait ? Des moutons ou des grenouilles ? Les deux peut-être… Je profite d’avoir capté votre attention pour vous montrer un autre « détail » qui nous différenciait de la soft dictature de l’univers de Josef LADIK de celui de notre démocratie molle : dans le roman du maître des noms, les élus étaient promus à leurs postes par des lobbies, en échange du vote de lois visant à assurer la croissance de leur activité. Si vous n’avez pas peur de mal dormir ce soir, allez lire cet article de Seb Musset. Hop, un « détail » de plus qui disparaît… Alors, à quand l’implantation obligatoire de puces RFID ? Le bain dans lequel nous vivons est-il encore loin des 60°C ?

download Fond musical : Propaganda – P-Machinery : je n’ai jamais trop apprécié la version courte de cette chanson. Mais là, la version maxi 12 pouces m’a toujours donné des frissons…

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.


Excellente idée de Vincent hier soir : se retrouver entre « blog-potes » autour d’un verre au Jean Lam’ [ndr : pour les non nancéiens, c'est un bar de la place Stan]. On y a retrouvé Danièle Noël, Raphaël Vuitton, Maxime Pisano, Catherine Créhange, Fréderic Cuignet, Aurélie Bouquet, Célinextenso, et Mélanie. Je n’avais pas particulièrement prévu d’y aller pour jouer les grandes oreilles avec l’intention d’écrire un article, mais juste pour passer une bonne soirée entre amis (et ce fût le cas). Pour autant, je n’arrive pas à garder pour moi les réflexions que je me suis faites suite à cette rencontre.

En effet, dans ces soirées, difficile de ne pas parler politique (ce qui n’est pas pour me déplaire évidemment), d’autant que certains convives sont des sympathisants PS ou Modem, voire même sont candidats aux prochaines régionales. Et dans ce cas, j’ai une sale manie (je l’avoue), qui consiste à sonder la profondeur de l’engagement des dits sympathisants.

Pourquoi cette sale manie ? Moult raisons. Déjà parce qu’avouons-le, je ne sais pas si j’aurais le charisme, le talent, ou tout simplement la motivation pour être porte-drapeaux. À l’instar de Nietzsche, il me déplait de suivre autant que d’être suivit. Mes convictions sont miennes, et n’étant pas sûr d’avoir raison, je me vois mal à tenter de convaincre les autres.

Mais surtout, la vraie question est « pour quel courant politique serais-je prêt à me battre » ? Je l’ai déjà écrit de nombreuses fois, en tant qu’humaniste, il me déplait qu’un être humain puisse posséder un autre être humain, ce qui se traduit de bien des manières : comment les cinq pays les plus gros exportateurs d’armes soient aussi les cinq membres permanents de l’ONU ? Comment peut-on accepter que des pays tolèrent des systèmes où les enfants ne sont pas instruits, pour mieux les exploiter dans des usines ? Plus proche de nous, comment peut-on accepter que des gens ne puissent pas manger à leur faim, ne puissent pas dormir avec un toit sur la tête, alors que d’autres (une minorité) touchent plus que ce qu’ils pourraient dépenser en plusieurs siècles ? Or, à mon sens, le problème est vraiment systémique. Tant qu’on vivra dans une société où les entreprises sont mieux estimées, mieux protégées par les lois, moins imposées que les êtres humains, tant que nous vivrons dans un monde où la croissance est une condition indispensable pour éviter le chao (or, à ressources limitées, il est vraiment sot de penser qu’on puisse croître de façon exponentielle indéfiniment), nous verrons encore et encore des gens exploités, réduits à brader leur labeur, le corps, leur « temps de cerveau disponible » pour que d’autres engrangent outrancièrement des biens. Et pour ça, tous les moyens sont bons. La laïcité se pose en garde-fou pour éviter que les gens soient manipulés par les religions comme c’était le cas en France aux siècles derniers ? D’autres religions sont inventées pour contourner cette contrainte. Comme cette religion qui veut qu’il faille posséder des biens matériels (de marque de préférence) pour exister aux yeux des autres. Ajoutez à ça des crédits à la consommation et une morale qui vous invite à les rembourser (ce que les plus riches ne font même plus en toute impunité). Voilà comment le système tient.

Or, quel parti politique en France est prêt à mettre un grand coup de pied dans le système pour changer tout ça ? Les extrêmes oui. Ceux de droite, fascistes et nationalistes, qui sont aux antipodes de ce désir humaniste et égalitaire qui m’anime. Ceux de gauche, qui prônent des utopies où la la société (le « bien public ») remplace l’entreprise, mais toujours aux dépends de l’être humain (ça n’est pas un hasard si le communisme n’a jamais marché au delà de quelques groupuscules composés de peu de personnes). Les autres partis soit prônent le système en place (et on a actuellement le VRP de ceux là à la tête de notre gouvernement, et je me passerai de commentaire), soit s’en accommodent, et tentent de l’aménager à coup de réformes homéopathiques pour résoudre quelques problèmes seulement.

Pour ma part, je ne suis même pas sûr d’arriver à formaliser un système alternatif humaniste qui n’aurait pas des effets pervers moins pire que l’actuel. Dans ces conditions, quand bien même j’aurais une nature charismatique et plein de motivation, comment convaincre que je ferais mieux que les autres ?

Alors quoi me direz-vous ? Quelle est la conclusion de tout ça ? Faut-il baisser les bras et ne rien faire ? Une ancienne blogueuse (nea) m’avait dit une fois qu’il faut savoir rester pragmatique. Chercher en vain une alternative systémique revient souvent à ne rien faire, ou si peu (j’en suis là). Elle pensait qu’il fallait s’engager, au risque de ne changer les choses que petitement. Mais petitement, c’est déjà mieux que rien.

Hier, j’ai croisé des gens qui sont prêts à se battre. Pas pour faire une révolution, pas pour changer le monde. Pas en faisant des vœux pieux dénués de plans d’actions. Ils sont juste prêt à prendre des risques, à donner de leur temps et de leur personne pour faire avancer quelques trucs. C’est peu peut-être, mais c’est déjà ça.

Et je peux vous assurer que les candidats (ou simples sympathisants) avec qui j’ai parlé hier semblent sincères et motivés. Bien plus à mes yeux que ceux qui cumulent les mandats, et les enchaînent les uns derrière les autres avec comme simple source de motivation la peur de perdre leur place. Ça fait du bien et ça rassure de voir qu’il existe encore des vraies vocations en politique. Aussi, je serais presque tenté de leur souhaiter bonne chance, si je n’avais pas encore la candeur et l’espoir de penser que le choix d’un bon dirigeant ne doit pas résulter de la simple chance…

download Fond musical : Jean-Jacques Goldman – Les choses : en parlant de religion de la consommation…

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.


Je crois que je n’ai pas regardé le JT à la TV depuis… au moins le début des vacances. Et voilà qu’hier, j’étais devant mon poste à 20h00. Un choc quand on n’est plus habitué.

Commençons par la taxe carbone. Tout le monde annonce que le montant de cette taxe sera fixé à 14 € / tonne de carbone émis. Or, le tarif ne devrait être décidé que ce matin au conseil des ministres. Ils sont trop fort les journalistes de savoir les informations avant que les événements n’arrivent ;-) Ensuite, j’apprends que 2/3 des français y seraient opposés. Et oui, c’est logique. Pendant des années, on a expliqué aux français que l’énergie ne coûtait rien (remarquez que ça n’était pas faux, on allait la voler dans nos colonies). D’ailleurs, je suis sûr qu’on ne l’achète pas encore au prix qu’elle coûte. En effet, un produit comme le pétrole par exemple, qui a mis des millions d’années pour se former dans le sol. Si nous le consommons à une vitesse telle qu’il sera épuisé en cent ans, et qu’il faille ensuite des millions d’années pour reconstituer à nouveau le stock, j’en conclus que nous le consommons trop vite. Économiquement, ce produit devrait coûter une fortune au gramme pour qu’il soit consommé à la vitesse où il est produit par la nature.

Bref, quoi qu’il en soit, les français ne sont pas content. Alors, le gouvernement semble dire que les fruits de cette taxe seraient intégralement reversés, et que ça deviendrait une opération blanche. Hein ? J’ai cru avant les vacances que la taxe carbone serait mise en place pour pallier le manque à gagner dû à la suppression de la taxe professionnelle promise pour 2010 ! J’ai loupé quelque chose, ou bien d’autres auraient-ils la mémoire courte ? Bon, quoi qu’il en soit, que va-t-on faire du produit de la taxte carbone ? Le même JT nous dit que parmi les pistes, cette taxe pourrait être reversée aux gens qui sont à la campagne, et qui doivent prendre leur voiture par ce qu’ils sont loin de tout ! Alors là, il n’y a pas que l’aspect économique qui sera une opération blanche ! Ça devient antipédagogique en terme écologique ! La taxe permettra aux gens… de continuer à polluer avec leur voiture. C’est parfait. Personnellement, ça ne me choquerait vraiment pas que tout ce que je verse dans le cadre de la taxe carbone soit utilisé pour isoler gratuitement la maison d’un foyer qui, aujourd’hui, chauffe la rue (vous savez, ces maisons qui sont rouges fluo sur les photos prises à l’infra-rouge). Mais bon, je ne suis pas sûr que mon avis intéresse grand monde…

Autre sujet : la grippe A(H1N1). Dame Roselyne a annoncé il y a quelques jours que ça y était, les vaccins étaient enfin en cours de livraison. Il n’y en aurait pas pour tout le monde, mais bon, ça permettrait de vacciner certaines personnes à risque, une partie du corps médical, etc. Or, qu’apprend-on hier au JT ? Ça y est, un laboratoire (chinois) est le premier à avoir son autorisation de mise sur le marché (AMS) pour son vaccin !!! Tant mieux pour eux mais… Qu’en est-il du stock de vaccins que nous avons rentré ? Vient-il de ce laboratoire là ? Ou bien vient-il d’un autre labo, qui n’a pas encore obtenu son AMS ? Et dans ce cas, s’il s’avère que le vaccin dont nous avons fait un stock pose problème, et qu’il n’obtienne pas son AMS, que fera-t-on de tout ça ? Quel sera le bilan économique ? Pas un seul journaliste ne semble s’être posé la question. Il ne faudrait pas embêter Mme Michu avec tout ça hein, elle a déjà bien des soucis avec la criiiise…

download Fond musical : Milow – You don’t know (trop bien son album)

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.


Assurément, ça y est, c’est la crise. On nous la promettait depuis des lustres, qu’elle soit systémique et profonde, ou qu’elle soit passagère, ses effets se font sentir : les boîtes se débarrassent des esclaves emplois précaires (bye bye les intérims). Et ça n’est qu’un début…

Devant cette crise, on remarquera plusieurs attitudes :

  • l’attitude jugée courageuse (rrrhhmm rrrhhmm) de certains hommes de droite, qui disent qu’il faut laisser faire le capitalisme, et qu’il faut tout au plus réglementer un peu ici et là, surtout du coté des paradis fiscaux (ce qui nous arrange plutôt pas mal, ça mettrait fin à l’hémorragie de la fuite des capitaux), ou qui pensent qu’il faut mettre fin au dollar roi (qui a dit pourquoi pas l’euro ?) ;
  • l’attitude cacophonique du PS qui ouvre son congrès demain. Ce que j’ai retenu des dernières motions pour lesquels les enrôlés ont [presque] massivement voté ? Il faut changer de système pour un modèle plus juste, pour un modèle qui inclut le progrès social. Heuuu… Oui d’accord, mais en pratique, c’est quoi ce modèle ? Quelqu’un a une idée ? Non mais parce qu’il y a un siècle, l’idée économique (à laquelle j’adhère de principe) du PS était de dire « mettons de l’argent [public] dans des grands projets/travaux, ça créera des emplois, les gens toucheront un salaire,  dépenseront cet argent, qui sera l’essence de la pompe capitaliste, qui va alors se réamorcer, et ça relancera l’économie ». Franchement, j’ai toujours trouvé cette idée assez lumineuse. Seulement voilà, au delà de l’esthétisme, il y a un principe de réalité : ça ne marche pas ! Je ne suis pas économiste, et c’est dommage, j’aimerais bien comprendre pourquoi. Mais force est de constater que ça été testé à de nombreuses reprises : ça permet en effet de faire vivoter quelques familles, mais ça ne relance pas l’économie. Le front populaire n’est jamais arrivé à sortir notre monde occidental de la crise. C’est une belle guerre qui l’a fait. La où je voulais en venir, c’est que depuis cette fausse bonne idée, le PS n’a jamais proposé d’autre modèle économique/financier qui tienne la route ;
  • sinon, on voit ressurgir les idées de gauche (les vraies) : il faut faire dans le social. Je reconnais, c’est tentant. Sur le papier, ça marche. La solidarité, arrêter de penser à soit en s’en mettant plein les poches, penser aussi aux autres… Seulement voila. Ici aussi, principe de réalité : l’Homme n’est pas philanthrope. C’est un animal social, qui éprouve de la pitié. Alors, donner un peu à manger au gars qui meurt de faim au coin de la rue, OK. Mais accepter de partager ses ressources pour que tout le monde vive avec à peu près avec le même niveau de richesse : peu sont prêts à le faire. Rappel : PIB mondial divisé par nombre d’habitants égal à 437 €/mois (chiffres de 2004). Alors, je repose la question, combien sont prêts à vivre avec 437 €/mois ? L’Homme est social, un peu, mais il est aussi individualiste. En gros, il y a tout d’abord Moi, puis Ma Famille, mes proches, un peu les autres qui ne sont pas trop loin… et le reste du monde n’a qu’à se débrouiller. Ça n’est pas un hasard si les applications des modèles communistes n’ont jamais marché. D’accord, on va me dire que c’est parce qu’ils n’ont jamais été bien appliqués. Qu’ils ont été utilisés par des dirigeants totalitaires… Oui, mais enfin bon, qu’on me montre un endroit au monde où ça marche. D’accord, dans quelques villages isolés, au milieu de la savane ou des forêts vierges (qui disparaissent), ça fonctionne plus ou moins. Mais sitôt qu’on élargit l’échelle : il y a toujours un ou deux malins qui profitent du système, et même si ça n’est pas la majorité, ça suffit à tout faire partir en vrille.

Alors c’est tout ? C’est fini ? Il n’y a vraiment plus aucune utopie en laquelle croire ? Personne n’est capable d’imaginer un modèle de vie, un modèle social, un modèle économique (j’utilise ce mot, mais on peut le changer) qui prenne en compte l’aspect social de l’être humain, mais aussi (parce qu’il est ainsi), sa composante non négligeable d’individualisme ? Les seuls qui pourraient (peut-être, même pas sûr) seraient les anarchistes. Mais il paraît qu’ils sont occupés à casser les caténaires du TGV (à moins que ça, ce soit de la propagante de MAM). Alors quoi, personne ?

download Fond musical : Eddy Mitchel – Il ne rentre pas ce soir : Chanson qui reviendrait d’actualité ?

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.


Il est rare que je réagisse à chaud à l’actualité. Surtout lorsqu’elle est surmédiatisée, et que ses conséquences dans notre vie de tous les jours seront minimes. Mais une fois n’est pas coutume, je voulais réagir à l’accession à la maison blanche de Barack Obama.

J’ai souvent martelé le fait que si je détestais leur ancien président (et plus encore, les néocons qui apparaissaient comme ses sous-fifres, et qui en fait, tiraient les ficelles de ce président qui n’était qu’une marionnette — et rappelons-nous que des plaintes ont été déposées pour crime contre l’humanité à l’encontre de certains d’entre eux — ), j’ai toujours dit que j’avais une grande estime pour la majorité des Etats-Uniens (on n’a pas toujours un président à la hauteur de son pays, si vous voyez ce que je veux dire…). Et ils prouvent que cette estime n’est pas surfaite. Alors qu’il n’avait rien pour lui (il n’était pas soutenu par les magnas du pétrole, ni par les intégristes religieux qui font la pluie et le beau temps dans ce pays qui n’a rien de laïc, il est progressiste, et pire encore, il est métisse), Barack Obama a été élu président. Belle démonstration de lucidité des électeurs, chapeau bas.

Je ne connais pas l’homme, mais quelqu’un qui veut mettre en place une CMU, et qui dit qu’il n’existe aucune solution militaire au conflit irakien ne peut pas être foncièrement mauvais. Je ne sais pas si les victimes de la crise des subprimes vivront mieux, ni si ça sauvera Troy Davis. Néanmoins, je lui souhaite bon courage et bonne chance, à lui et à toute son équipe…

download Fond musical : John Williams – BO Superman

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.


1981… Je n’avais que 11 ans. Et à cette époque, Coluche était certainement *le* personnage qui avait le plus agité ma toute jeune et frêle conscience politique. C’est aussi celui que j’ai découvert plusieurs années plus tard, lorsque la censure s’est estompée, et que nous avons pu entendre ses simples mais lumineuses remarques à propos de la politique.

Aussi, forcément, j’attendais beaucoup de ce film. Par conséquent, tragiquement, comme l’a écrit Sagan à propos de son fils : j’en attendais tellement qu’il ne pouvait que me décevoir.

Cette production se veut être un double pari : ne pas être une biographie de toute la vie de Michel Colucci (aka Coluche), mais seulement un focus sur la période où il a été candidat aux élections présidentielles. Et ça, c’était une bonne idée. Mais il se focalise sur l’aspect « clown » de cet acte, sans suffisamment développer les idées politico-humanistes du personnage. Dommage…

Bon sang, Coluche est celui qui m’a montré que la société était une chaîne !!! (bonjour les maillons ;-) ). Ceux qui connaissent les sketchs qu’il a écrit à cette époque savent bien qu’il a su éclairer la vie politique sous un angle que nous n’avions pas l’habitude de voir dans les médias. Personnellement, j’attendais ce coté agitateur. Celui qui a tant dérangé.

A la place, on voit ses blagues potaches (les seules qui passaient à l’époque). Peu de référence aux revues de presses qu’il faisait, et qui étaient censurées. Aux textes qui décortiquaient les petits jeux des zommes politiques, ou qui éclairaient les ruses machiavéliques des financiers et autres grands industriels, qui faisaient la pluie et le beau temps en asservissant monsieur tout-le-monde et en faisaient du chantage à la fermeture des usines et au chômage (avant d’avoir l’idée de la délocalisation). C’est vraiment ce chapitre que j’attendais le plus, et qui est absent du film.

Car pour le reste, je ne veux pas être trop noir. Soulignons l’immense prestation de François-Xavier Demaison. Fichtre, au bout de quelques secondes, ça y est, on l’avait notre Coluche. Il n’a pas cherché à ressembler à Coluche. Il était Coluche. Chapeau bas. Le film souligne aussi les grands exès du clown (mais rien que nous ne sachions déjà, et qu’on lui pardonne aisément). On voit aussi son entourage, ses amis. Les vrais, et les piques-assiettes. Son histoire avec sa femme — Véronique — et ses enfants est une partie très bien réussie. Tout comme l’a été l’illustration de son enflamment, puis de ses doutes, de ses peurs…

En conclusion ? Bon film, même si je pense qu’en 1h30, il y avait moyen de montrer une partie plus large de sa vie, ou alors, de s’enfoncer plus profondément encore dans sa conscience politique, qui n’a été traitée que dans sa forme clownesque.

download Fond musical : Coluche – Le syndicat (extrais)

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.