Je viens de lire sur Libertés Internet que le magazine le Tigre avait fait un article de deux pages sur… Fred, un illustre inconnu qui habite Saint-Herblain. En quoi est-ce si notable, au point de rendre le site web du dit magazine indisponible (une belle erreur 503 : Service Temporarily Unavailable) à l’heure où je vous parle ? L’article en question voulait démontrer qu’Internet n’était pas anonyme, et qu’en croisant les données de différents sites, on pouvait savoir beaucoup de choses sur la vie privée des gens. Et en l’occurrence, Fred — la malchanceuse victime de l’article qui aurait été choisi au hasard –, après s’être amusé de la situation, aurait fini par piquer la mouche quand il a vu que l’article avait été lu (ne serait-ce que par ses collègues de boulot) et commenté dans tous les sens (et je n’améliore par moi-même la situation en titillant ici-même le buzz).
C’est l’occasion rêvée pour rappeler que les moteurs de recherche n’inventent rien. Tout ce que je peux savoir sur toi, cher lecteur Internaute, en interrogeant les bases de données publiques ne sont que des informations que pour la plupart tu as déposées toi-même (plus ou moins consciemment je te l’accorde, mais te voilà prévenu), ou qu’un autre être humain malveillant aura publié.
À cette époque où la personne pressentie comme futur secrétaire d’État à l’économie numérique (tout le monde en parle) cherche à diaboliser le méchant Internet (probablement pour faire passer de nouvelles lois liberticides), il est important de rappeler le concept de maîtrise de l’information, et surtout que quoi qu’on en dise, pour l’heure, les sociétés privées semblent jouer le jeu. J’utilise des services web qui stockent des données privées me concernant (ne serait que le très décrié GMail, mais je pourrais aussi citer my.funambol et bien d’autres). Je ne nie pas que ces données ne sont pas statistiquement exploitées pour me glisser des pubs ciblées (c’est le jeu, j’ai signé en toute connaissance de cause), ni qu’un administrateur système états-unien n’a la possibilité de lire mes missives virtuelles (mais en quoi est-ce que ça l’intéresserait), mais pour autant, jamais je n’ai vu une de ces sociétés publier un de mes courriels ou mon numéro de mobile sur le net. Les google, yahoo, facebook, netlog et Cie semblent pour l’heure respecter la déontologie du métier.
Autrement dit, cher Internaute, on ne peut savoir de toi que ce que tu veux bien laisser paraître. D’abord, les informations que tu ne maîtrises pas, mais qui sont publiques. Par exemple, si ton nom est cité dans un article de journal, ou si tu es [co]signataire d’un document publié (thèse, article, livre, etc.), il est probable que les moteurs de recherche te connaissent déjà (malgré toi). Mais pas plus ni moins que les lecteurs de la gazette locale où le moteur sera venu chercher l’information. Pour le reste, c’est toi-même qui rédige et clique à la fin sur le bouton « publier ». Si vous scrutez ce blog, ou facebook, netlog, ou tout simplement mes commentaires sur d’autres blogs, vous pourrez trouver tout au plus ce que moi j’ai décidé de bien vouloir rendre visible de ma vie. Je suis plutôt transparent, mais n’allez-pas imaginer que tout y est. Et à chaque fois que je « valide » un formulaire Internet, je réfléchis sur la portée de ce que je poste (même si des fois on peut se demander hein ?
).
Aussi, mes trois conseils : 1) faites de même (rappelez-vous à chaque fois que vous postez que ce que vous venez d’écrire sera potentiellement lu par votre voisin, votre boss — actuel mais pourquoi pas futur –, votre conjoint, votre famille…). 2) L’utilisation d’un pseudo ne garantit pas l’anonymat. Vous être la plupart du temps identifiable par votre adresse IP, mais surtout, si vous utilisez toujours le même pseudo, vous laissez régulièrement des indices qui, une fois croisés, permettent de vous désigner. 3) Sachez choisir vos amis. En effet, beaucoup de réseaux sociaux (facebook, netlog, et probablement d’autres que je connais moins) proposent de ne donner accès à certaines données privées (adresse électronique ou de messagerie instantanée, numéro de mobile, photos, etc.) qu’à vos « amis ». Facile alors pour un quidam de faire du social engineering afin de se faire accepter comme votre ami, ce qui lui donne accès à des données sensibles.
Maintenant que tu es prévenu cher lecteur, tu sais ce qu’il faut faire pour que ta vie privée ne soit pas web-publique. Et dès lors, tu ne pourras plus laisser dire qu’Internet est en soit dangereux.
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Fond musical : Barbra Streisand – Memory |
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