Publications ayant comme libellé ‘Etienne de la Boétie’

Excellente idée de Vincent hier soir : se retrouver entre « blog-potes » autour d’un verre au Jean Lam’ [ndr : pour les non nancéiens, c'est un bar de la place Stan]. On y a retrouvé Danièle Noël, Raphaël Vuitton, Maxime Pisano, Catherine Créhange, Fréderic Cuignet, Aurélie Bouquet, Célinextenso, et Mélanie. Je n’avais pas particulièrement prévu d’y aller pour jouer les grandes oreilles avec l’intention d’écrire un article, mais juste pour passer une bonne soirée entre amis (et ce fût le cas). Pour autant, je n’arrive pas à garder pour moi les réflexions que je me suis faites suite à cette rencontre.

En effet, dans ces soirées, difficile de ne pas parler politique (ce qui n’est pas pour me déplaire évidemment), d’autant que certains convives sont des sympathisants PS ou Modem, voire même sont candidats aux prochaines régionales. Et dans ce cas, j’ai une sale manie (je l’avoue), qui consiste à sonder la profondeur de l’engagement des dits sympathisants.

Pourquoi cette sale manie ? Moult raisons. Déjà parce qu’avouons-le, je ne sais pas si j’aurais le charisme, le talent, ou tout simplement la motivation pour être porte-drapeaux. À l’instar de Nietzsche, il me déplait de suivre autant que d’être suivit. Mes convictions sont miennes, et n’étant pas sûr d’avoir raison, je me vois mal à tenter de convaincre les autres.

Mais surtout, la vraie question est « pour quel courant politique serais-je prêt à me battre » ? Je l’ai déjà écrit de nombreuses fois, en tant qu’humaniste, il me déplait qu’un être humain puisse posséder un autre être humain, ce qui se traduit de bien des manières : comment les cinq pays les plus gros exportateurs d’armes soient aussi les cinq membres permanents de l’ONU ? Comment peut-on accepter que des pays tolèrent des systèmes où les enfants ne sont pas instruits, pour mieux les exploiter dans des usines ? Plus proche de nous, comment peut-on accepter que des gens ne puissent pas manger à leur faim, ne puissent pas dormir avec un toit sur la tête, alors que d’autres (une minorité) touchent plus que ce qu’ils pourraient dépenser en plusieurs siècles ? Or, à mon sens, le problème est vraiment systémique. Tant qu’on vivra dans une société où les entreprises sont mieux estimées, mieux protégées par les lois, moins imposées que les êtres humains, tant que nous vivrons dans un monde où la croissance est une condition indispensable pour éviter le chao (or, à ressources limitées, il est vraiment sot de penser qu’on puisse croître de façon exponentielle indéfiniment), nous verrons encore et encore des gens exploités, réduits à brader leur labeur, le corps, leur « temps de cerveau disponible » pour que d’autres engrangent outrancièrement des biens. Et pour ça, tous les moyens sont bons. La laïcité se pose en garde-fou pour éviter que les gens soient manipulés par les religions comme c’était le cas en France aux siècles derniers ? D’autres religions sont inventées pour contourner cette contrainte. Comme cette religion qui veut qu’il faille posséder des biens matériels (de marque de préférence) pour exister aux yeux des autres. Ajoutez à ça des crédits à la consommation et une morale qui vous invite à les rembourser (ce que les plus riches ne font même plus en toute impunité). Voilà comment le système tient.

Or, quel parti politique en France est prêt à mettre un grand coup de pied dans le système pour changer tout ça ? Les extrêmes oui. Ceux de droite, fascistes et nationalistes, qui sont aux antipodes de ce désir humaniste et égalitaire qui m’anime. Ceux de gauche, qui prônent des utopies où la la société (le « bien public ») remplace l’entreprise, mais toujours aux dépends de l’être humain (ça n’est pas un hasard si le communisme n’a jamais marché au delà de quelques groupuscules composés de peu de personnes). Les autres partis soit prônent le système en place (et on a actuellement le VRP de ceux là à la tête de notre gouvernement, et je me passerai de commentaire), soit s’en accommodent, et tentent de l’aménager à coup de réformes homéopathiques pour résoudre quelques problèmes seulement.

Pour ma part, je ne suis même pas sûr d’arriver à formaliser un système alternatif humaniste qui n’aurait pas des effets pervers moins pire que l’actuel. Dans ces conditions, quand bien même j’aurais une nature charismatique et plein de motivation, comment convaincre que je ferais mieux que les autres ?

Alors quoi me direz-vous ? Quelle est la conclusion de tout ça ? Faut-il baisser les bras et ne rien faire ? Une ancienne blogueuse (nea) m’avait dit une fois qu’il faut savoir rester pragmatique. Chercher en vain une alternative systémique revient souvent à ne rien faire, ou si peu (j’en suis là). Elle pensait qu’il fallait s’engager, au risque de ne changer les choses que petitement. Mais petitement, c’est déjà mieux que rien.

Hier, j’ai croisé des gens qui sont prêts à se battre. Pas pour faire une révolution, pas pour changer le monde. Pas en faisant des vœux pieux dénués de plans d’actions. Ils sont juste prêt à prendre des risques, à donner de leur temps et de leur personne pour faire avancer quelques trucs. C’est peu peut-être, mais c’est déjà ça.

Et je peux vous assurer que les candidats (ou simples sympathisants) avec qui j’ai parlé hier semblent sincères et motivés. Bien plus à mes yeux que ceux qui cumulent les mandats, et les enchaînent les uns derrière les autres avec comme simple source de motivation la peur de perdre leur place. Ça fait du bien et ça rassure de voir qu’il existe encore des vraies vocations en politique. Aussi, je serais presque tenté de leur souhaiter bonne chance, si je n’avais pas encore la candeur et l’espoir de penser que le choix d’un bon dirigeant ne doit pas résulter de la simple chance…

download Fond musical : Jean-Jacques Goldman – Les choses : en parlant de religion de la consommation…

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Simple hypothèse de travail. Imaginez que vous êtes esclave ooops pardon, caissièr(e) dans un supermarché quelconque. Et vous décidez d’aller bosser qu’un jour sur dix (dans le meilleur des cas). Que vous arrive-t-il ??? Et bien oui, vous êtes viré(e). Bon, moins grave : vous appuyez sur les touches de votre caisse, et vous vous trompez de bouton. Résultat : viré(e). Vous voulez moins grave encore ? En voyant passer une laitue sur le tapi roulant, vous facturez une scarole. Même résultat : viré(e). Aller, ne pleurez pas. Finalement, vous échangez un boulot de merde où vous vous faites insulter pour le SMIC par 100% de temps libre payé au RMI, ça n’est pas si grave…

Autre hypothèse de travail : vous êtes député, et vous n’assistez qu’à une séance sur dix. Ainsi, le groupe d’opposition peut s’amuser à une partie de cache-cache et sortir de derrière les poteaux pour s’infiltrer dans l’hémicycle à la dernière minute et faire barrage à la loi liberticide que vous êtes censé voter (et qui devait passer les doigts dans le nez, vous êtes dans la majorité [présidentielle], bordel ! Et vous en êtes fier !!!). Autre cas : vous êtes député, et vous n’assumez pas les consignes de vote données par votre groupe parlementaire. Alors, vous vous trompez bêtement de bouton lors du vote (c’est compliqué, il y en a deux, des boutons…). Bon, à ce stade de l’histoire, vous pensez que j’ai un grief contre les députés (pourquoi pas d’ailleurs, quand on voit comment ils dépensent leur argent ?). Alors, regardons l’autre chambre : celle de nos vénérables sénateurs. À leur propos, comme ils ne sont pas élus directement par un peuple supposé idiot, on se dit qu’il doit s’agir d’élites infaillibles. Qu’ils sont présents à chaque séance, et qu’ils ne se plantent pas de bouton ? Si seulement…

Je ne sais pas si vous connaissez une caissière qui a fait les erreurs listées ci-dessus. Mais moi, je connais les députés qui n’étaient pas là le 9 avril pour voter HADOPI. Je connais celui qui, à lui tout seul, a fait pencher la balance lors du vote erroné du 24 octobre à propos de la taxation des banques. Enfin, je connais le nom du sénateur qui, hier, a non seulement voté pour ses petits camarades (qui étaient tous absents), mais qui en plus, s’est planté de bouton (faisant passer l’amendement qui était opposé à la loi qui aurait du passer haut la main elle aussi).

Bon, je vous rassure : il n’y a pas eu de conséquence pour ces pauvres élus. Ils ont toujours leur poste, touchent toujours leurs soldes (notez que j’ai mis un « S » car ils les cumulent), peuvent toujours profiter des privilèges comme une voiture avec chauffeur ou des remboursements de tickets de transport en commun (en 1ère bien sûr). Oufff…

Je pourrais donc dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes finalement ? Et bien non. Parce que malheureusement, comme nous ne sommes pas dans une démocratie, quelques coups de baguettes magiques ont permis de faire tout de même passer ces lois respectivement liberticides, injustes, et de magouilleurs. Et pendant ce temps là, les restos du cœur sonnent la sirène d’alarme, car ils ne savent pas s’ils pourront nourrir notre pauvre caissière limogée (ainsi que ses 999′999 congénères qui arriveront en fin de droit en 2010) pendant tout l’hiver, qui pourrait être long, malgré ce qui se dit à Copenhague

Nb : heureusement, ce qui me rassure, c’est qu’au parlement européen, les eurodéputés se sentent obligés d’aller voter, sinon, ça se saurait… C’est pathétique, vraiment.

download Fond musical : Jena Lee – j’aimerais tellement : petite dédicace pour Jade, dont s’est « la musique préférée » (sic) du moment (et en lui souhaitant que les choses s’améliorent pour leur génération…).

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Je me souviens d’un sujet de philo qui a dû tomber au bac à l’époque où moi-même j’étais au lycée : « peut-on obliger les gens à être libres ». Pris au premier degré, cette phrase est un oxymore : « obligation » et « liberté » ne peuvent cohabiter dans la même phrase, dans la même action. Le sujet semble vite plié.

Oui mais voilà… Imaginons qu’un être humain soit asservi durant des années. Par exemple, par des parents tortionnaires dans un premier temps. Puis livré à une jungle violente. Puis à des époux(ses) possessifs et manipulateurs. Qu’obtient-on in fine ? Des gens qui ont passé leur vie à ne pas la vivre, mais à faire le bonheur des autres, sans plaisir pour eux-même. Oh, quand on les voit, ils ne semblent pas spécialement malheureux. Combien sont dans cette situation, obligés de peser chacun des mots qu’ils disent, chacune des actions qu’ils font, pour éviter d’en dire trop, pour éviter dans faire trop, pour ne pas qu’une phrase ou un geste n’engendre des représailles invivables ? Et je ne parle pas uniquement de violence physique. La pression psychologique a des conséquences toutes aussi néfastes et bien plus perverses, car non visibles par les autres au premier coup d’œil.

Pour en arriver là, il faut que cet esclave stoïcien accepte le pouvoir de son seigneur. Tous ces mécanismes ont déjà été si bien décrits entre autre par Étienne de la Boétie, souvent cité dans ces colonnes. J’en profite pour publier ici-même l’œuvre majeure dont il est question : le «discours de la servitude volontaire». Et ces mécanismes fonctionnent tellement bien dans notre monde où le « sens du sacrifice » est placé si haut dans la morale populaire.

Il existe certainement des milliards d’êtres humains qui vivent dans ces conditions. Par lucidité, on se dit qu’on ne peut les sauver tous. Alors, tous les jours, on utilise la seule arme que nous avons à notre disposition. Modestement, on se veut pédagogue. A chaque fois que l’occasion nous est donnée, petitement, on dénonce ces mécanismes. On explique aux petits tyrans qu’ils ont peut-être tord, qu’un être humain n’est pas une terre ou un objet qu’on peut posséder ou manipuler à l’envi. On montre aux dominés qu’ils ne sont peut-être pas obligés d’accepter leur condition, qu’il leur serait finalement assez simple de se rebeller. Avec l’espoir que plus ces paroles seront martelées, plus elles seront portées par un maximum de gens, plus la prise de conscience collective grippera ces processus d’aliénation et libèrera les hommes.

Seulement voilà. Parfois, notre vie croise une de ces personnes, disposée depuis son plus jeune âge à subir, à vivre sa vie telle qu’on la lui commande. D’une population globale qu’on ne peut sauver seul, on se retrouve face à un individu singulier. Alors, on décide de le prendre par la main, on se retrouve à vouloir le libérer. On lui fait prendre conscience de ce qui l’a amené à subir, à devenir esclave (mais n’en était-il pas déjà conscient ?). On lui donne les clés qui lui permettraient d’ouvrir sa cage. La cage s’ouvre, l’oiseau sort, et… contre toute attente, il fait demi-tour, et retourne dans sa prison !!!

Tel le syndrome de Stockholm déclenche chez les otages une empathie vis à vis des geôliers, une contagion émotionnelle opère entre le seigneur et son vassal. Mais surtout, il se trouve que le soumis n’a jamais appris à être souverain de sa propre vie. Il n’a jamais appris à se donner le droit d’agir pour obtenir ce qu’il veut vraiment. Pour résumer : la liberté lui fait peur !

Que faire alors ? Je n’ai pas la réponse… Baisser les bras, et se dire que cette personne est perdue ? En effet, apprendre à quelqu’un à être libre, à prendre ses décisions et des responsabilités, à refuser l’autorité qui ne servirait que l’intérêt d’un tyran, ça fonctionne plutôt bien avec un enfant. Mais comment faire avec un adulte qui a été déconstruit année après année ? Qui a le vertige face à sa propre liberté ? Lui faire lire la «Politique du rebelle» de Michel Onfray semble insuffisant.

Autre solution : le sortir de force de sa cage. Et là, on retombe sur notre première question : peut-on obliger quelqu’un à être libre ? Ce qui signifierait que nous agirions avec lui de force, contre son gré, avec l’espoir que, le temps faisant, il se reconstruise et apprenne à vivre libre ? Mieux encore : qu’il apprécie sa liberté. Dans ce cas, ne deviendrions nous pas nous-même un tyran, un manipulateur, aussi vil et illégitime que ceux que nous combattons ? Parce qu’en effet, qui sommes-nous pour avoir l’outrecuidance de savoir mieux que les autres ce qui ferait leur bonheur ? J’ai toujours eu une grande méfiance vis-à-vis de ceux qui veulent faire le bonheur des gens malgré eux.

Alors quoi ? Sommes-nous devant une impasse ?

download Fond musical : Nina Simone – I wish I knew how it would feel to be free

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Il est des moments où je suis content de vivre dans un pays où le cinéma d’auteur est subventionné, malgré les effets pervers du système. Parce que le film que je suis allé voir ce soir n’a rien de ce qui fait les superproductions qui sortent actuellement, promises à un nombre d’entrées indécent mais suffisant pour rembourser l’investissement colossale. Le film dont je vais vous parler est une petite production, petit budget, peu d’acteurs, plans faciles, réalisation simple, rythme agréable et pas trop violent. Et pourtant, quel chef d’œuvre ! Dans son registre, ce film est certainement au cinéma ce que le discours de la servitude volontaire de La Boetie est à la littérature : un incontournable (ceci dit, je n’ai pas lu « la joueuse d’échecs » de Bertina Heinrichs dont ce film est inspiré, sinon, peut-être que ce livre irait sur le même rayon que l’ouvrage du pote de Montaigne).

L’histoire est assez simple : une femme de ménage se prend à rêver en regardant un couple harmonieux jouer aux échecs sur le balcon de l’hôtel où elle travaille. Elle prend conscience de leur beauté, leur harmonie, leur simplicité et et le bonheur qu’ils éprouvent en sachant apprécier l’instant. Alors, elle décide d’apprendre ce jeu (avec une technique bien classique du « tien chéri, je t’achète pour ton anniv’ le truc dont je rêvais (en l’occurrence, un jeu d’échecs électronique) ».

Oui mais voilà. Quand on est dans un système où ceux qui vivent de leur labeur n’ont rien d’autre à offrir que du temps de travail pénible pour gagner un peu plus d’argent (par exemple pour envoyer sa fille en stage de langue en Angleterre), où les cogitations se limitent à essayer de deviner si son nom sera sur la prochaine liste du wagon des licenciés économiques, ça laisse peu de temps libre pour s’instruire, cogiter, lire, ou… jouer aux échecs. La culture et l’ouverture d’esprit peut elle rentrer dans une famille régie par la loi du « travailler plus pour gagner plus » ? Surtout dans une province (la magnifique Corse en l’occurrence, mais ça aurait pu être dans bien d’autres lieux) où le qu’en-dira-t-on trouve idiot de perdre son temps à apprendre à jouer à un jeu si abscons.

Servez cette étude par une Sandrine Bonnaire juste à souhait, un Kevin Kline qui joue un médecin à la retraite d’origine anglaise sublime en professeur d’échecs caustique… Ça nous donne un premier long métrage magnifique en provenance directe de Caroline Bottaro, qui pour la petite histoire, était la voisine de l’auteur dont elle a tourné l’adaptation.

download Fond musical : Maria Callas – La Wally : Ebben ? ne andrò lontana

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Alors, supposons que vous constituiez un fichier nominatif de surfeurs (sur Internet hein, pas à Lacanau). Que ce fichier soit collecté en fonction des habitudes des surfeurs. Ensuite, que vous utilisiez ce fichier nominatif pour envoyer massivement des dizaines de milliers d’emails par jour. Pour faire du prosélytisme pour un commerce. Voire pour intimider les gens. De quoi seriez-vous traité ? De spammeur ? De fraudeur à l’arnaque nigérienne ?

Et bien non. Ce mailing de masse visant à défendre la pauuuuvre petite industrie du disque et de la vidéo devrait être bientôt légalisé. C’est ce qu’a promis notre bon président. Et comme ministres, parlement, et sénat écoutent maintenant la voix de son maître sans sourciller… Ce que seigneur dit doit être fait !

Et qu’importe si des études (néerlandaise entre autre) démontrent que le téléchargement (même illégal) peut être bénéfique.

Aussi, après le mois de mars si tout va bien, la loi HADOPI sera votée. Enfin, moi, je vois au moins deux avantages à ça : tout d’abord, l’industrie du disque a promis de retirer les DRM des fichiers audio vendus en ligne. C’est un début, reste à faire pareil pour les vidéos… Deuxième bon plan : ça va être très pédagogique pour les internautes, afin qu’ils apprennent à crypter et sécuriser leurs échanges. En cette période liberticide (tien, encore un exemple), un peu de résistance ne fera pas de mal…

download Fond musical : France Gall – Résiste

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Il y a quasiment 4 ans jours pour jours, le 3 septembre 2004, 344 personnes (dont 186 enfants) mourraient dans une école de Beslan, en Ossétie du Nord (fédération de Russie). Quel était donc le crime commis par ces gens pour subir un tel sort ? Et bien tout simplement d’être citoyens russes.

Tout de suite, notre réflexe nous invite à pointer du doigt les méchants terroristes. Seulement, vous êtes-vous déjà posé la question de savoir comment des gens, à priori tout à fait normaux et seins d’esprit, pouvaient en arriver à devenir des criminels sanglants capables de décimer froidement, aveuglément, et en toute conscience des centaines de personnes (dont une majorité d’enfants) juste parce qu’elles sont emblématiques d’une nation particulière ?

Revenons au contexte. En 1994, un certain Boris Eltsine crée la surprise en donnant l’ordre à ses troupes d’envahir la Tchétchénie, pays qu’il trouve un peu trop agité à cause de ses mouvements indépendantistes. La ville de Grozny tombe très vite, mais ce qui ne devait être qu’une frappe éclair se transforma en un véritable bourbier. Les soldats russes prirent place sans trop faire de cas des civilités humanistes, et de leur coté, les tchétchènes organisent la résistance pour pourrir la vie des troupes occupantes. Imaginez ce qu’un jeune de 18 ans peut ressentir lorsqu’il voit ses soeurs violées, ses parents fusillés, quand il se retrouve dans un quartier confiné par les troupes d’un pays qu’il ne reconnaît pas comme le sien, qui coupent tout moyen de communication et d’approvisionnement, afin d’amener la population à mourir de faim. Et pourquoi cette population subit ce traitement ? Tout simplement parce qu’elle ne souhaite pas se reconnaître comme sujet d’une nation qu’elle voit comme envahisseur impérialiste.

Pour sortir de l’impasse, Eltsine laisse naître une « République tchétchène d’Itchkérie », à priori indépendante. Seulement, en septembre 1999, un dénommé Vladimir Poutine, alors Premier ministre russe, lance l’ordre d’envahir ce jeune état vu comme bien trop turbulent. De nouveau, la ville de Grozny tombe en janvier 2000. Pour ce même jeune qui a maintenant 24 ans, l’histoire semble se répéter. Les mêmes crimes et les mêmes tortures sont perpétrés à ses proches par les soldats d’une nation qu’il ne reconnaît toujours pas comme sienne.

Alors, il voit rouge. Alors, il devient autiste. Alors, pour venger ses frères, soeurs, parents, amis, il laisse parler sa violence, sa haine, sa soif de vengeance. Il n’aura qu’une envie : faire du mal à ce peuple qui a envahi ses terres plusieurs fois dans l’histoire, dont deux fois sous ses propres yeux en réalisant des actions stigmatisantes. Plus aucune conscience humaniste ne l’empêchera de prendre en otage des centaines d’innocents, dont plus de 200 enfants. De les traumatiser. De les laisser sans autorisation de se lever, de manger, de boire, ou même d’uriner… Et comme la diplomatie ne semble pas être la qualité première des russes, la fin, vous la connaissez, j’en redonne le bilan au début de ce billet.

Pourquoi un tel rappel me direz-vous ? Nous sommes en août 2008, et actuellement, les troupes russes viennent d’envahir la Géorgie. Le crime des Géorgiens ? Ne pas vouloir se soumettre au gouvernement russe, qu’ils voient comme une nation d’envahisseurs impérialistes. Ça ne vous rappelle rien ?…

Alors non. Je ne veux surtout pas défendre le terrorisme. Ni même les causes des indépendantistes (car je l’avoue, j’ai un peu résumé l’histoire en oubliant de préciser que ces indépendantistes tchétchènes sont soutenus par des intégristes religieux prônant des lois et des styles de vie qui m’exècrent et que je combats par ailleurs ; comme quoi, rien n’est simple…).

Non. Je voulais juste rappeler que cette violence n’apparaît jamais de façon spontanée. Il s’agit souvent d’une escalade dont l’origine vient de l’ignorance (souvent volontaire) de certaines personnes à respecter la volonté de liberté, d’intégrité, d’indépendance d’autres. Encore une fois, je vous invite à relire Etienne de la Boétie (promis, je vous résumerai ses pensées dans un billet spécifique, sinon, celui-ci sera trop long). Parce que certains sont avides de pouvoir et de richesses situées sur des terres qui ne sont pas les leurs, ils n’hésitent pas à asservir des hommes et des femmes, de façon subtile ou par la force. Et ça n’est pas une fois que cette cage est construite et consolidée par des siècles de techniques d’aliénation qu’il faut nous insurger, qu’il nous faut réagir. Tout d’abord parce que le niveau de négociation ou de violence nécessaire à la libération de ces hommes peut avoir atteint un seuil important. Mais aussi, parce que ces pauvres êtres asservis sont autant de proies faciles pour les idées extrémistes, elles aussi utilisées comme armes par d’autres requins, avides eux aussi de pouvoir et de richesses situées  sur des terres qui ne sont pas les leurs…

download Fond musical : La Grande Sophie – Les nouveaux héros

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