Publications de la catégorie ‘Philo/Politique’

En France, le sujet de la laïcité revient régulièrement sous les feux des projecteurs. Très souvent, c’est lorsqu’elle est en danger, ou considérée comme telle. [Trop] Rarement, c’est pour la renforcer (à quand la fin du régime concordataire en Alsace-Moselle ?). Et encore plus rarement, pour la gratifier.

Pourquoi ais-je envie de rendre hommage à la laïcité me demanderez-vous ? Vous pensez que c’est parce que grâce à elle, on demande aux femmes françaises de ne pas porter la burka ? Non, quel argument fallacieux. Ou parce que ça a permis à l’état d’être suffisamment indépendant des pressions religieuses pour permettre le vote de lois légalisant les IVGs ou donnant le droit à la parentalité aux homosexuels (quoi, on peut rêver) ? En effet, mais pas seulement.

Si j’ai envie d’honorer notre laïcité aujourd’hui, c’est parce qu’hier, j’ai lu un titre dans les e-journaux qui m’a fait sursauter : « accord entre catholiques et protestants sur un transfert des pouvoirs de police et de justice« . Ça ne concerne pas la France (ouf), mais l’Irlande du Nord. Là bas, Gordon Brown et Brian Cowen ne font pas ce qu’ils veulent ! Pour faire une loi (dont l’orientation remonte à un accord de 1998), faut attendre 12 ans que les partis catholiques et protestants veuillent bien se mettre autour d’une table pour la signer. C’est avec ce genre de pays qu’on a voulu que nous constituions une Europe ? Ça fait froid dans le dos. En la matière, je me sens plus proche (et de loin) de la Turquie (si décriée en matière d’entrée dans l’Europe), qui a inscrit la laïcité dans sa constitution dès 1924 (combien sont dans ce cas en dehors de la France en Europe ?).

Bref, la respectueuse laïcité a chez nous plus d’un siècle, et j’espère qu’elle fera encore des petits dans bien d’autres pays. C’est alors bien plus naturellement que je serai en clin de vouloir devenir avec nos voisins un citoyen du monde.

Nb : en théorie, la France est un pays laïc. Mais comme je considère aujourd’hui que « l’économie de consommation » est une nouvelle religion, vous voyez, il y a encore du travail…

download Fond musical : Gilles Luka – On s’évite : unplugged version

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Je me souviens d’un sujet de philo qui a dû tomber au bac à l’époque où moi-même j’étais au lycée : « peut-on obliger les gens à être libres ». Pris au premier degré, cette phrase est un oxymore : « obligation » et « liberté » ne peuvent cohabiter dans la même phrase, dans la même action. Le sujet semble vite plié.

Oui mais voilà… Imaginons qu’un être humain soit asservi durant des années. Par exemple, par des parents tortionnaires dans un premier temps. Puis livré à une jungle violente. Puis à des époux(ses) possessifs et manipulateurs. Qu’obtient-on in fine ? Des gens qui ont passé leur vie à ne pas la vivre, mais à faire le bonheur des autres, sans plaisir pour eux-même. Oh, quand on les voit, ils ne semblent pas spécialement malheureux. Combien sont dans cette situation, obligés de peser chacun des mots qu’ils disent, chacune des actions qu’ils font, pour éviter d’en dire trop, pour éviter dans faire trop, pour ne pas qu’une phrase ou un geste n’engendre des représailles invivables ? Et je ne parle pas uniquement de violence physique. La pression psychologique a des conséquences toutes aussi néfastes et bien plus perverses, car non visibles par les autres au premier coup d’œil.

Pour en arriver là, il faut que cet esclave stoïcien accepte le pouvoir de son seigneur. Tous ces mécanismes ont déjà été si bien décrits entre autre par Étienne de la Boétie, souvent cité dans ces colonnes. J’en profite pour publier ici-même l’œuvre majeure dont il est question : le «discours de la servitude volontaire». Et ces mécanismes fonctionnent tellement bien dans notre monde où le « sens du sacrifice » est placé si haut dans la morale populaire.

Il existe certainement des milliards d’êtres humains qui vivent dans ces conditions. Par lucidité, on se dit qu’on ne peut les sauver tous. Alors, tous les jours, on utilise la seule arme que nous avons à notre disposition. Modestement, on se veut pédagogue. A chaque fois que l’occasion nous est donnée, petitement, on dénonce ces mécanismes. On explique aux petits tyrans qu’ils ont peut-être tord, qu’un être humain n’est pas une terre ou un objet qu’on peut posséder ou manipuler à l’envi. On montre aux dominés qu’ils ne sont peut-être pas obligés d’accepter leur condition, qu’il leur serait finalement assez simple de se rebeller. Avec l’espoir que plus ces paroles seront martelées, plus elles seront portées par un maximum de gens, plus la prise de conscience collective grippera ces processus d’aliénation et libèrera les hommes.

Seulement voilà. Parfois, notre vie croise une de ces personnes, disposée depuis son plus jeune âge à subir, à vivre sa vie telle qu’on la lui commande. D’une population globale qu’on ne peut sauver seul, on se retrouve face à un individu singulier. Alors, on décide de le prendre par la main, on se retrouve à vouloir le libérer. On lui fait prendre conscience de ce qui l’a amené à subir, à devenir esclave (mais n’en était-il pas déjà conscient ?). On lui donne les clés qui lui permettraient d’ouvrir sa cage. La cage s’ouvre, l’oiseau sort, et… contre toute attente, il fait demi-tour, et retourne dans sa prison !!!

Tel le syndrome de Stockholm déclenche chez les otages une empathie vis à vis des geôliers, une contagion émotionnelle opère entre le seigneur et son vassal. Mais surtout, il se trouve que le soumis n’a jamais appris à être souverain de sa propre vie. Il n’a jamais appris à se donner le droit d’agir pour obtenir ce qu’il veut vraiment. Pour résumer : la liberté lui fait peur !

Que faire alors ? Je n’ai pas la réponse… Baisser les bras, et se dire que cette personne est perdue ? En effet, apprendre à quelqu’un à être libre, à prendre ses décisions et des responsabilités, à refuser l’autorité qui ne servirait que l’intérêt d’un tyran, ça fonctionne plutôt bien avec un enfant. Mais comment faire avec un adulte qui a été déconstruit année après année ? Qui a le vertige face à sa propre liberté ? Lui faire lire la «Politique du rebelle» de Michel Onfray semble insuffisant.

Autre solution : le sortir de force de sa cage. Et là, on retombe sur notre première question : peut-on obliger quelqu’un à être libre ? Ce qui signifierait que nous agirions avec lui de force, contre son gré, avec l’espoir que, le temps faisant, il se reconstruise et apprenne à vivre libre ? Mieux encore : qu’il apprécie sa liberté. Dans ce cas, ne deviendrions nous pas nous-même un tyran, un manipulateur, aussi vil et illégitime que ceux que nous combattons ? Parce qu’en effet, qui sommes-nous pour avoir l’outrecuidance de savoir mieux que les autres ce qui ferait leur bonheur ? J’ai toujours eu une grande méfiance vis-à-vis de ceux qui veulent faire le bonheur des gens malgré eux.

Alors quoi ? Sommes-nous devant une impasse ?

download Fond musical : Nina Simone – I wish I knew how it would feel to be free

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Je viens de relire la loi HPST (pour ceux qui ne connaissent pas, sachez que c’est la loi qui vient de passer cet été et qui trace la route de comment fonctionnera notre système de santé demain ; les internautes curieux/pressés peuvent lire un résumé sur Wikipédia ou une synthèse sur le site du quotidien du médecin). Or, au delà de la loi elle-même, mon attention a été attirée par un article que je n’avais pas vu en première lecture :

Article 98, §I. – L’article L. 3511-2 du code de la santé publique est complété par un alinéa ainsi rédigé : « Sont interdites la vente, la distribution ou l’offre à titre gratuit de cigarettes aromatisées dont la teneur en ingrédients donnant une saveur sucrée ou acidulée dépasse des seuils fixés par décret. »

N’étant pas juriste de formation, il m’a fallu un peu de temps pour traduire cet d’article, qui revient finalement à sonner le glas des bonbons en forme de cigarette. Ce qui m’amène deux remarques.

Le fait de jouer à l’adulte en fumant « pour de faux » des cigarettes au chocolat incite-t-il réellement les enfants à fumer ? Ayant fumé très jeune, et ayant effectivement joué à faire semblant de fumer, je peux au moins vous parler de mon expérience. Si je n’avais pas eu de cigarettes au chocolat, me serais-je abstenu de fumer ? Et bien non. Si j’ai fumé, c’est avant tout parce que la gestuelle de fumer était inscrite dans ma tête comme une gestuelle d’adulte (il y a aussi l’autre raison « faire comme les copains » , mais qui en ce qui me concerne était plus anecdotique). Autrement dit, à cause des exemples que j’avais autour de moi (famille, TV, etc.), j’avais comme idée symbolique : « adulte = fumeur » . Et si je n’avais pas eu de cigarette en chocolat pour « jouer à l’adulte », je me serais confectionné des cigarettes en bois avec du papier autour (chose que j’ai dû faire d’ailleurs), et ça ne m’aurait pas empêché de fumer. Je suis sûr que la loi interdisant de fumer sur les plateaux de TV (qui chasse plus efficacement l’idée du « adulte = fumeur » ) a été bien plus utile que ce pétard mouillé.

Mais au delà de l’efficacité de cet article, je m’interroge plus sur sa légitimité. Est-ce le rôle de l’état de moraliser un bonbon ? Oh, je ne suis pas dupe. Les lois de notre république prônent le sport, tolèrent le tabac et la cigarette, et elles interdisent le cannabis et autres substances narcotiques (alors que les médecins vous diront que tous ces comportements, poussés à l’extrême, peuvent devenir addictifs et peuvent être classés comme drogues, pas très bonnes pour notre santé). Les raisons de cette tolérance arbitraire ? La France était cultivateur de vignes et de tabacs, mais n’avait traditionnellement pas de plantation de chanvre (ou si peu). Et pour un gouvernement donné, revenir sur ce choix nécessiterait une politique forte, lutter contre des lobbies puissants, et se retrouver face à un manque à gagner certain (vus les niveaux de taxation de ces produits).

L’état a-t-il un devoir de prévention sur notre santé ? Je ne suis pas contre. Il est normal qu’on nous explique ce qui est bon pour nous, et ce qui peut s’avérer dangereux. Mais au delà de cette mission pédagogique, a-t-il le devoir de légiférer pour nous interdire ce qui nous nuit ? Instinctivement, je suis toujours méfiant de tous ceux qui veulent notre bien malgré nous. J’aurais donc tendance à dire qu’il faudrait nous expliquer les risques, puis nous laisser juge. Pour autant, ces grandes théories que j’ai sur l’éducation et la « responsabilisation » de l’individu tient pour des personnes conscientes et responsables. Or, l’article vise à protéger les enfants. Et pour les enfants, tant qu’ils ne sont pas capables de se protéger, c’est notre devoir d’adulte de le faire, ce qui passe aussi par l’interdiction. Au moins jusqu’à ce qu’ils sachent comprendre les conséquences de leurs agissements.

Interdire les drogues aux enfants, et tenter de les protéger par la prévention, c’est entendu. Mais je repose la question : est-ce le rôle de l’état de le faire, en légiférant ? Sur le fond, non. Je pense que c’est le rôle des parents. Or… il semblerait qu’en la matière, certains parents ont démissionné. Oh, loin de moi l’idée de dire que c’est une nouveauté. J’entends souvent des phrase du style « Maintenant, les parents, ils ne s’occupent plus de leur gamins » . Et avant ? Quand les pères bossaient 12 heures par jour 6 jours par semaine, et que les mères étaient au lavoir, dans les champs, aux ménages et à la cuisine ? La mission d’éducation pouvait là aussi laisser à désirer. Les parents alcooliques et ceux qui abandonnent leurs enfants, ça a toujours existé, et je n’ai pas l’impression que la situation soit pire aujourd’hui.

Alors, est-il plus légitime aujourd’hui qu’auparavant que les textes de loi se substituent à l’éducation parentale ? Ou bien cet article ne serait-il pas qu’une technique démagogique pour faire passer la pilule d’un autre article, qui, au contraire, va à l’encontre de l’idée de prévention, en autorisant la publicité en ligne pour l’alcool (sauf pour les sites ayant les enfants comme cible, tout de même) !

Article 97 : après le 8° de l’article L. 3323-2 du code de la santé publique, il est inséré un 9° ainsi rédigé : « 9° Sur les services de communications en ligne à l’exclusion de ceux qui, par leur caractère, leur présentation ou leur objet, apparaissent comme principalement destinés à la jeunesse, ainsi que ceux édités par des associations, sociétés et fédérations sportives ou des ligues professionnelles au sens du code du sport, sous réserve que la propagande ou la publicité ne soit ni intrusive ni interstitielle. »

Hummmm… Finalement, la vraie question, plutôt que de se demander si c’est le rôle de l’état de moraliser nos consciences, ne serait-elle pas de se demander si, en France, le lobby des producteurs d’alcool ne serait-il pas plus puissant que le lobby de l’industrie du tabac ?

download Fond musical : Jean-Philippe Goude – Immer Wieder : à nouveau du Goude, de l’album « Rock de chambre »

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Onfray2009Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais quand vous regardez le JT à la TV, selon les saisons, il y a des « récurrents ». Reportages sur les campings début juillet, puis ça sera bientôt l’heure des reportages sur les prix des cartables pour la rentrée… Je trouve ça lassant, et pourtant, force est de constater que le présent site semble suivre cette même règle de périodicité. En effet, voici venu le moment de l’année où je vais vous parler des cours de l’Université populaire de Caen de Michel Onfray. Et de leur diffusion sur France Culture… Qui a dit que je n’étais pas un peu conformiste et prévisible ? ;-)

Alors, pour les modalités pratiques : voici la page d’accueil de l’émission sur France Culture. La diffusion de cette septième saison commencera à compter du 27 juillet 2009, et durera jusqu’au 28 août 2008. Les émissions seront podcastées durant quelques mois sur le site de la radio. Comme d’habitude, vous pouvez compter sur moi pour faire fonctionner le magnétophone numérique qui va bien ;-) La thématique de cette année ? La « construction du surhomme ». Il y a du Zarathoustra dans l’air…

Avant de vous quitter, comme c’est de saison, toujours par pur conformisme, je souhaite de bonnes vacances à ceux qui sont concernés, et bon courage à ceux qui restent sur le navire pour tenir la barre pendant que les autres se reposent…

download Fond musical : Ehma – Court métrage n°1

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Voilà une question à laquelle Isabelle Dumez Féroc tente de donner une réponse, très bien synthétisée par Christelle Membrey.

Seulement cette étude, si bien soit-elle, limite son champ d’investigation à l’activité de blog des adolescents. Est-ce que ce sont les mêmes light motiv qui poussent les adultes à poster de nouveaux billets ? A lire les motivations des adolescents (présenter ses amis, parler de lui, décrire les activités sociales des groupes auxquels il appartient…), je ne suis pas sûr que les blogs des adultes répondent aux mêmes pulsions.

A titre personnel, j’ai ouvert mon premier site avec comme objectif de créer un lien avec ma famille et mes amis qui sont loin (et il reste de cette première expérience l’album photos — pas mis à jour souvent, j’en conviens — dont le lien traîne quelque part sur cette page). Aujourd’hui, cette fonction a quasiment disparu, et les articles ont un tout autre contenu/objectif :

  • rendre aux autres ce qu’ils m’ont donné. Les blogs sont un formidable outil pour voir le monde qui nous entoure. Par des dépêches qui ne sont pas nécessairement relayées par les « médias ténors ». Mais comme les blogs ne sont pas quantitativement une source de news équivalente à la production des dépêches de l’AFP ou de Reuters, ce qui m’importe le plus, ça n’est pas tant de lire de nouvelles news, mais de voir leur interprétation ou leur éclairage qui peut être différent suivant les blogueurs. Aussi, j’essaie moi aussi, en retour, de pointer sur quelques sources d’informations insolites, ou de faire part de ma vision des choses quand je pense qu’elle n’est pas forcément conformiste ;
  • au delà du relai de news, ou de tentative d’éclairage de l’actualité, beaucoup de mes billets ont un simple contenu éditorial. Donner mon avis sur l’actualité, l’interpréter, tender de deviner les conséquences de tel évènement… assurément, il faut une bonne dose de fatuité pour bloguer ;
  • je suis aussi assez fier de mes « billets philosophiques », déconnectés de toute actualité, comme ceux sur la religion, la morale hédoniste, l’humanité, etc. Pour le coup, je reste modeste, aucune de ces pensées est originale, et je ne revendique pas un courant de pensée particulier. C’est peut être pour ce genre de billet que le mécanisme de commentaires a son importance. C’est l’occasion de faire le point sur ses idées, sa façon de penser, et pourquoi pas, de débattre.

Je n’ai pas pour ambition d’être exhaustif, ni de dire que ces raisons sont représentatives du « pourquoi un adulte blogue ». Comme disait Coluche, j’ai écrit ce billet juste pour faire avancer le Schlimibilick. Et vous, pourquoi bloguez vous ?

download Fond musical : Loreena Mc Kennitt – The Mystic’s Dream : d’après l’album « The Mask And Mirror »

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Qu’on le veuille ou non, nous sommes dans une république basée sur le concept de démocratie représentative. Nous voyons défiler devant nous des prétendants qui, à travers leur profession de foi, nous font de belles promesses. Puis vient le temps du choix, où les électeurs, en 4 petits tours, signent un chèque en blanc à un courant politique pour 5 ans. Dès lors, ce groupe politique a le pouvoir d’appliquer ses promesses… ou pas. C’est le jeu de notre cinquième république, encore plus évident maintenant que nous avons un calendrier des élections présidentielles qui colle avec celui de l’Assemblée Nationale.

Un certain nombre de gardes-fous évitent que cette situation accouche d’un régime totalitaire. Tout d’abord, parce que même si le président choisit son premier ministre, la constitution du gouvernement par celui-ci est souvent l’occasion de retours d’ascenseur, de compromis, etc. Ainsi, même s’ils appartiennent pour la plupart du même mouvement politique (ou au pire, à des mouvements proches), chacun peut avoir sa propre vision des choses, ce qui fait les ministres ne causent pas nécessairement d’une seule voix (ça amène parfois à des situations cocasses, et tant mieux). Ensuite, même s’il a la majorité parlementaire avec lui, le gouvernement doit tout de même faire valider ses idées par les assemblées (Parlement et Sénat). Et là, d’autres courants de pensées proposent des amendements, il y a débat, et in fine, ça évite que des textes dangereux ou incitant des réactions épidermiques de la part du peuple ne sortent.

Seulement voilà. Avec le pouvoir en place, tous ces systèmes de sécurité sont en train de sauter. Tout d’abord, le président a choisi un premier ministre qui écoute la voix de son maître, et les ministres sont invités à faire de même. Ensuite, il fait passer la plupart des textes controversés en urgence (alors que rien ne le justifie). Cette procédure d’urgence évite les allers-et-retours entre le Parlement et le Sénat (le texte ne fait qu’un seul voyage). Et comme ça ne suffit pas, il souhaite maintenant museler l’Assemblée Nationale avec un texte dont deux articles au moins ne vont pas dans le sens de la démocratie :

  • tout d’abord, le temps des débats sera limité,
  • et il sera possible de mettre au vote des amendements sans discussion.

Bon, je sais que les gens ne sont pas fans des textes liés à notre constitution, en particulier les lois organiques. Aussi, je vais traduire. Lorsqu’un gouvernement a une majorité à l’Assemblée Nationale, ses textes de loi devraient passer comme une lettre à la Poste au Parlement (quoi que ces dernières passent de moins en moins bien, mais c’est un autre problème). Or, les parlementaires peuvent proposer des amendements (je traduis : des changements) au texte. L’opposition ne s’en prive pas, et même les députés du même groupe politique le font, parce qu’un texte n’est jamais parfait du premier coup. Ces amendements sont l’occasion de débats, et il n’est pas rare que les députés de l’opposition arrivent à convaincre suffisamment de membres de la majorité à voter certaines de leurs propositions, faisant valider celles-ci.

Avec la nouvelle loi qui était en discussion la nuit dernière, les amendements pourront être soumis au vote parlementaire sans débat (sans que celui qui le propose puisse venir défendre son idée). Ils auront d’autant moins de chance de remporter la majorité des votes. Pire : si le texte a du mal à passer, il suffira au groupe majoritaire d’attendre la fin du temps de discussion (qui deviendra borné avec une limite maximale), et le texte pourra être voté « en force ».

On se résume : un gouvernement qui ne parle que d’une voix (celle de son maître), des allers-et-retours limités entre Sénat et Assemblée Nationale, et cette dernière muselée… Je n’ai vraiment pas l’impression que tout ça va dans le sens de la démocratie.

Le groupe PS, que je trouve un peu « mou de la gauche » ces derniers temps, s’est réveillé et s’est vivement opposé à cette nouvelle loi la nuit dernière, amenant à une situation qui n’était pas intervenue depuis l’après-guerre : un groupe politique est descendu pour chanter la Marseillaise et clamer le mot « Démocratie ». Pendant ce temps là, le Président de l’Assemblée jouait les autistes, et passait en revue les propositions d’amendement. Pathétique.

Là où je suis inquiet, c’est que si la situation semble émouvoir quelques blogueurs, rien ou si peu dans la presse. Au JT ce soir : le fait divers d’une employée de banque assassinée, Barack Obama à la Maison Blanche, une épidémie virale hivernale, la fin de carrière de Laure Manaudou… Mais rien sur le rabotage de notre démocratie. La presse écrite n’est pas plus loquasse. Au pire, on nous explique bien le certains députés ont joué les mauvais garçons indisciplinés, et que l’UMP dénonce l’obstruction de la gauche… mais le fond du problème n’est pas évoqué de façon pédagogique, afin que chacun puisse comprendre les enjeux.

En attendant, le PS a décidé de boycotter l’assemblée, alors que le Modem a gentiment laisser le passage en revue de la loi sans opposition (je saurai m’en souvenir).

Question : à partir de quel moment, de quelle frontière pourrons-nous dire que nous ne sommes plus en démocratie ?

download Fond musical : Frou Fruo – Holding out for a hero : d’après la BO de Shrek 2

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Ceux qui me connaissent le savent : non seulement je ne suis pas déiste (ce qui me place comme une exception dans l’espèce humaine si j’en crois la neurobiologiste Jacqueline Borg qui aurait démontré que l’Homme est génétiquement programmé — grâce à la présence de Sérotonine, un neurotransmetteur — pour croire en une religion), je ne suis même plus agnostique (s’il fût un temps où j’admettais qu’il n’était pas totalement improbable qu’il y ait un être ou une pensée supérieur au dessus de nous, ce temps est révolu), je suis athée.

Or, les bigotes et autres grenouilles de bénitiers se mettent souvent à trembler à l’évocation même de cette étrange foi qui consiste à ne pas croire en dieu. Cachez votre argenterie, enfermez vos filles, le loup sans morale est lâché !!! C’est tout de même drôle cette façon qu’ont les gens à imaginer que l’introspection, la méditation, la morale sont l’apanage du déiste. Je pense personnellement tout le contraire !

Le théiste n’a qu’à gober tout cru ce que les soutaneux (j’utilise ce terme même si je ne vise aucune religion) leur insulfe comme vérité absolue, vérité obtenue auprès de dieu lui-même (par quel miracle, mystère…). Le déiste a un peu plus de travail. Ayant pris du recul vis à vis des obédiences religieuses, il cherche souvent à philosopher afin de dédifférencier ce qui est bien de ce qui est mal. Mais je suppose que la présence d’un dieu (et pourquoi d’un seul d’ailleurs ?) doit lui faciliter la tâche… Alors que l’athée a tout à construire. Rien ne lui est enseigné par un souffle divin.

Or, n’est pas athée qui veut ! Face aux questions existentielles, il est tellement plus simple de faire le choix apathique d’une croyance, d’une religion. Les choses deviennent simples : elles sont ce qu’elles sont parce que dieu l’a choisi. C’est ainsi, pas besoin de se poser de question. Aussi, il faut du travail, du recul, de la réflexion, pour oser s’affirmer athée. Il faut trouver soit-même une réponse (ou plus fréquemment avoir l’humilité d’admettre qu’il n’y en a pas) pour toutes les questions auxquels les croyants répondent en allant chercher des vérités gravées au marbre dans leur bible.

Pourtant, étrangement, je n’ai jamais lu de statistiques démontrant que les prisons étaient remplies d’une proportion plus importante de personnes n’ayant pas la foi. Je n’ai pas vu les athées violer leur voisine ou frapper leurs gamins plus que les autres. Alors qu’inversement, l’exercice serait interminable si nous devions lister tous les crimes commis au nom d’une religion.

Il me faudrait probablement un livre (et pas un simple billet dans un blog) pour vous expliquer tout le cheminement qui m’a amené à construire ma morale. Pourquoi je place l’individu (l’être Humain) au dessus de tout. Pourquoi je suis non-violent, bien qu’avouant qu’il ne faut pas l’être en toute circonstance. Pourquoi il ne faut pas tuer ou voler. Vous voyez, même sans religion, j’arrive à des conclusions qui s’approchent (de loin hein, il ne faut surtout pas entrer dans le détail) aux bonnes morales promulguées par les théologiens.

EpicurePour vous aider à matérialiser mon fond de pensée, je pourrais passer mon temps à regarder toutes les situations de la vie, et à jouer à un quizz manichéen du style « est-ce que je pense que tel truc est bien ou mal ?« , « faut-il agir ainsi ou autrement ?« , etc. Mais ça serait bien vite saoulant, et vous donnerait une image immodeste de mes pensées, ce qui ne doit pas être le cas. Car oui, rappelez-vous, pour l’athée, avant la naissance, il n’y a rien, après la mort non plus, et entre les deux, nous ne sommes vraiment pas grand chose. La vie se résume en une drôle d’absurdité… Alors, j’ai tendance à résumer ma morale en trois commandements. Attention ! Ce sont les miens, je ne souhaite nullement les imposer (ni à vous ni à personne… enfin si je l’avoue, j’aimerais bien que la première soit appliquée par tous). De plus, rien ne prouve que mon expérience ne me fasse pas changer un jour d’avis. Mais pour l’heure, voici mes trois commandements :

  1. un être Humain tu ne posséderas point ! Je l’avoue, c’est plus une règle humaniste qu’une règle hédoniste. On peut dire ce qu’on veut, en dire du bien ou du mal, mais force est de constater que l’Homme a intrinsèquement l’esprit de possession. Suivant les tributs ou les peuplades, ce besoin s’applique à des choses différentes. Par exemple, les peuples nomades n’ont pas une notion importante de la propriété privée de la terre. Mais ça ne leur empêche pas de vouloir posséder des chameaux, des chevaux, des… femmes ! Chez d’autres, on a aboli l’esclavage et les femmes ont autant de droits que les hommes, mais pourtant, certains membres ont « leur secrétaire », « leur équipe », « leurs employés »… On utilise le travail et l’argent pour contrôler la vie des autres, leur insuffler des habitudes, un mode de vie, une étique… Ailleurs, c’est via la religion qu’on contrôle les gens. Le pouvoir est justifié par un droit divin, et celui qui le possède peut faire ce qu’il veut de ses serfs au nom de dieu. Que ce soit par la force, par l’aliénation dû à un manque d’enseignement, par les religions qui vous demandent de ne pas goûter au fruit de l’arbre de la connaissance, par la rhétorique ou la manipulation, les exemples ne manquent pas. Or, rien ne justifie dans l’absolu qu’un être Humain puisse posséder un autre être Humain comme il possèderait un objet.
  2. prendre plaisir ! La règle hédoniste par excellence. Il faut dire que je ne crois pas à l’eudémonisme. Croire que tout le monde peut accéder au bonheur… Allez expliquer ça au gamin de 2 ans chez qui on découvre une maladie orpheline, qui devra subir des traitements lourds afin d’espérer vivre au mieux jusqu’à son adolescence. Aussi, comme l’accession au bonheur pour tous semble une utopie (et que les rares qui l’atteignent le doivent plus au hasard qu’aux chemins qu’ils ont pris), je me contenterai de vouer un culte au plaisir. Le mien, mais aussi celui des autres, car je trouve plaisant de donner du plaisir (n’oubliez pas de faire aux autres ce que vous aimeriez qu’ils vous fassent). Et de toute façon, avons nous le choix ? Tout ce que nous devons faire sur terre pour vivre (se nourrir, s’abreuver d’une eau saine, s’abriter) est rarement source de plaisir. Alors, doit-on consacrer notre vie à pomper, chasser, cultiver, construire nos habitations ? Ceux qui nous ont expliqué qu’il fallait nous contenter de ces corvées et d’une vie médiocre sur terre pour mériter une meilleure vie dans l’au-delà sont justement ceux qui vous le demandaient pour que les seigneurs puissent, à l’inverse, jouir sur terre au nom de dieu de tout ce qui pouvait être pris (car eux savaient que tout ce qui est pris n’est plus à prendre, et que les promesses d’une belle vie après là mort n’engageaient que ceux qui y croyaient…).
  3. mais surtout ne pas nuire… à soit et aux autres bien entendu. C’est la règle qui est le garde fou de la précédente, et qui fait que la vie n’est pas un western où seuls les plus forts se font plaisir au détriment des autres. C’est aussi celle qui nous protège des excès qui nous rendraient malades…

Ces trois règles sont ma façon de supporter l’absurdité de la vie dans insupporter plus qu’il ne faut mes congénères. Cette morale auto-déterminée peut avoir des conséquences qui choqueraient d’autres morales, plus directives (et souvent plus dictées que résultant du fruit d’une intègre réflexion). Mais je m’en fiche. J’ai appris (relativement récemment) que bien d’autres personnes avaient cette vision des choses. Pierre Desproges, Michel Onfray, Nicolas de Chamfort, et tant d’autres… qui ne semblent pas avoir amené leur entourage à devenir misanthrope. Aussi, à défaut d’avoir la certitude de ne pas me tromper, je sais au moins qu’avec ce bagage, je peux avancer sereinement…

download Fond musical : Skunk Anansie – Hedonism

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Assurément, ça y est, c’est la crise. On nous la promettait depuis des lustres, qu’elle soit systémique et profonde, ou qu’elle soit passagère, ses effets se font sentir : les boîtes se débarrassent des esclaves emplois précaires (bye bye les intérims). Et ça n’est qu’un début…

Devant cette crise, on remarquera plusieurs attitudes :

  • l’attitude jugée courageuse (rrrhhmm rrrhhmm) de certains hommes de droite, qui disent qu’il faut laisser faire le capitalisme, et qu’il faut tout au plus réglementer un peu ici et là, surtout du coté des paradis fiscaux (ce qui nous arrange plutôt pas mal, ça mettrait fin à l’hémorragie de la fuite des capitaux), ou qui pensent qu’il faut mettre fin au dollar roi (qui a dit pourquoi pas l’euro ?) ;
  • l’attitude cacophonique du PS qui ouvre son congrès demain. Ce que j’ai retenu des dernières motions pour lesquels les enrôlés ont [presque] massivement voté ? Il faut changer de système pour un modèle plus juste, pour un modèle qui inclut le progrès social. Heuuu… Oui d’accord, mais en pratique, c’est quoi ce modèle ? Quelqu’un a une idée ? Non mais parce qu’il y a un siècle, l’idée économique (à laquelle j’adhère de principe) du PS était de dire « mettons de l’argent [public] dans des grands projets/travaux, ça créera des emplois, les gens toucheront un salaire,  dépenseront cet argent, qui sera l’essence de la pompe capitaliste, qui va alors se réamorcer, et ça relancera l’économie ». Franchement, j’ai toujours trouvé cette idée assez lumineuse. Seulement voilà, au delà de l’esthétisme, il y a un principe de réalité : ça ne marche pas ! Je ne suis pas économiste, et c’est dommage, j’aimerais bien comprendre pourquoi. Mais force est de constater que ça été testé à de nombreuses reprises : ça permet en effet de faire vivoter quelques familles, mais ça ne relance pas l’économie. Le front populaire n’est jamais arrivé à sortir notre monde occidental de la crise. C’est une belle guerre qui l’a fait. La où je voulais en venir, c’est que depuis cette fausse bonne idée, le PS n’a jamais proposé d’autre modèle économique/financier qui tienne la route ;
  • sinon, on voit ressurgir les idées de gauche (les vraies) : il faut faire dans le social. Je reconnais, c’est tentant. Sur le papier, ça marche. La solidarité, arrêter de penser à soit en s’en mettant plein les poches, penser aussi aux autres… Seulement voila. Ici aussi, principe de réalité : l’Homme n’est pas philanthrope. C’est un animal social, qui éprouve de la pitié. Alors, donner un peu à manger au gars qui meurt de faim au coin de la rue, OK. Mais accepter de partager ses ressources pour que tout le monde vive avec à peu près avec le même niveau de richesse : peu sont prêts à le faire. Rappel : PIB mondial divisé par nombre d’habitants égal à 437 €/mois (chiffres de 2004). Alors, je repose la question, combien sont prêts à vivre avec 437 €/mois ? L’Homme est social, un peu, mais il est aussi individualiste. En gros, il y a tout d’abord Moi, puis Ma Famille, mes proches, un peu les autres qui ne sont pas trop loin… et le reste du monde n’a qu’à se débrouiller. Ça n’est pas un hasard si les applications des modèles communistes n’ont jamais marché. D’accord, on va me dire que c’est parce qu’ils n’ont jamais été bien appliqués. Qu’ils ont été utilisés par des dirigeants totalitaires… Oui, mais enfin bon, qu’on me montre un endroit au monde où ça marche. D’accord, dans quelques villages isolés, au milieu de la savane ou des forêts vierges (qui disparaissent), ça fonctionne plus ou moins. Mais sitôt qu’on élargit l’échelle : il y a toujours un ou deux malins qui profitent du système, et même si ça n’est pas la majorité, ça suffit à tout faire partir en vrille.

Alors c’est tout ? C’est fini ? Il n’y a vraiment plus aucune utopie en laquelle croire ? Personne n’est capable d’imaginer un modèle de vie, un modèle social, un modèle économique (j’utilise ce mot, mais on peut le changer) qui prenne en compte l’aspect social de l’être humain, mais aussi (parce qu’il est ainsi), sa composante non négligeable d’individualisme ? Les seuls qui pourraient (peut-être, même pas sûr) seraient les anarchistes. Mais il paraît qu’ils sont occupés à casser les caténaires du TGV (à moins que ça, ce soit de la propagante de MAM). Alors quoi, personne ?

download Fond musical : Eddy Mitchel – Il ne rentre pas ce soir : Chanson qui reviendrait d’actualité ?

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Si vous êtes sur Nancy le 7 novembre prochain, et si vous êtes un blogueur ou un simple blogophile, notez sur votre agenda que la 4ème république des blogs (RdB pour les intimes) aura lieu à partir de 19h00 à l’Alérions Café (petit merci à Maxime qui s’occupe de l’organisation de cet événement).

Pour les détails comme l’adresse, les inscriptions, etc, il y a même une page facebook faite exprès pour vous…

download Fond musical : Jean-Philippe Goude – Picnic music (de l’album « Rock de chambre ») : BOF de « Nos enfants chéris »

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Billet « rapide » à chaud à propos de cette brève que je viens de lire sur le site de rue89. Je vous la résume en quelques mots : 169 francs-maçons, maîtres de loges du Grand Orient de France, viennent d’être convoqués par le Grand Maître de cette obédience devant un tribunal maçonnique, et risquent tous potentiellement une suspension individuelle. Leur crime ? Avoir initié des femmes.

Cette information mérite quelques éclaircissements pour ceux qui ne connaissent pas la franc-maçonnerie. A noter que je serai rapide, n’étant pas moi-même spécialiste. J’ai juste retenu quelques idées concernant la franc-maçonnerie (mouvement humaniste discret travaillant avec des règles et rites très stricts), que je vais vous livrer afin de vous aider à comprendre la nouvelle ci-dessus (mais je peux me tromper, n’hésitez pas à me corriger).

Si je voulais être provocateur, je dirais qu’en France, la franc-maçonnerie est quelque chose d’aussi complexe que… les religions par exemple (c’est dire). En gros, initialement, il n’y avait certainement qu’un seul mouvement de francs-maçons, qui n’acceptait en son sein (acceptation qui porte le nom d’initiation) que des hommes. Puis, il y a eu des « forks » comme diraient les geeks ;-) . Plusieurs mouvements ayant des visions différentes sur certains points se sont séparés. Ces mouvements sont appelés obédiences. Chaque obédience a son « pape » (appelé Grand Maître). Au niveau local, les francs-maçons se réunissent dans un temple en groupes appelés des loges. Les grands points qui différencient ces obédiences sont :

  • la mixité (si traditionnellement, les plus anciennes obédiences sont exclusivement masculines, ce dernier siècle a vu naître des obédiences exclusivement féminines, d’autres mixtes, voire n’imposant rien et laissant à leurs loges le choix de définir leurs propres règles) ;
  • la pratique de règles plus ou moins ésotériques différentes (on parle de rites). Ces rites définissent par exemple comment est constituée la hiérarchie de l’obédience, comment se déroulent les réunions (les tenues), le mode de fonctionnement, l’obligation ou pas de croire à une sorte de dieu créateur appelé grand architecte de l’univers, etc. ;
  • les sujets de prédilection (même si tous les sujets intéressent les obédiences, certaines vont plutôt axer leurs travaux sur la laïcité, d’autres sur les droits de la femme, etc.).

A noter que toutes ces obédiences avaient historiquement plus ou moins l’habitude de se quereller. Mais ces dernières décennies, elle se reconnaissent entre elles, et préfèrent afficher une certaine unicité autour de leur idéal commun : promouvoir l’Homme et l’Humanité.

Ma description est évidemment incomplète, et on va me dire qu’il existe une certaine forme de démocratie (par exemple, la hiérarchie dont je parle est élue, certains postes ne peuvent être tenus ad vitam eternam, etc.). Je suis sûr qu’on voudra aussi insister sur le fait que la franc-maçonnerie n’est ni une secte ni une religion (ce en quoi je suis maintenant convaincu).

Pour revenir à nos moutons, la news concerne la plus grande obédience française : le Grand Orient de France (souvent abrégé en GODF), mouvement conservateur qui n’accepte pas la mixité. Enfin, pour être précis, ils acceptent la présence de visiteuses (franc-maçonnes initiées dans une autre obédience qui est ouverte aux femmes), mais ils s’interdisent d’initier eux même une femme. Personnellement, je trouve ça très réac, mais ils ont des arguments pour se défendre (du genre défense de la liberté : « nous on ne veut travailler qu’entre hommes, et il existe assez d’obédiences en France si vous voulez travailler entre femmes, ou dans des groupes mixtes »), et je ne veux surtout pas troller ici.

Quoi qu’il en soit, il semblerait bien qu’il existe des dissidents au sein du GODF, et que le grand chef est bien décidé à sévir contre eux, juste pour l’exemple.

Je me garderai bien de mettre mon grain de sel dans ce petit monde qui semble déjà bien s’agiter tout seul. Personnellement, sur le fond, je me sens tout à fait proche des valeurs de la franc-maçonnerie. Mais sur la forme, je ne m’y retrouve pas. Trop ésotérique à mon goût. J’ai une grande méfiance des symboles (notion utilisée abondamment en franc-maçonnerie), ne croyant pas que ceux-ci soient universels, ce qui peut amener à des contres-sens. Tel objet ayant tel symbolique dans notre monde occidental évoquera peut-être tout autre chose à des habitants d’autres régions du monde. Et puis, je ne me vois pas dans un costume, à suivre des rites…

Et franchement, mesdames et messieurs les francs-maçons, au delà de ces travaux symboliques et de ces rites, mettez-vous à notre place, pauvres non-initiés (on dit profanes) que nous sommes : alors que j’ai franchement le sentiment que les libertés individuelles se réduisent comme peau de chagrin, alors que j’ai profondément l’impression que l’obscurantisme et l’aliénation de l’homme par l’homme revient en force, ou plutôt, utilise des techniques sournoises qui ne sont plus celles que vous avez l’habitude de combattre, ne pensez-vous pas qu’il n’est pas de sujet plus grave à traiter que de savoir s’il faut travailler entre mecs et couper la tête à ceux qui ont initié quelques femmes (qui sont certainement de grands Hommes) ? Je n’ai évidemment pas mon mot à dire, vous faites bien ce que vous voulez, mais le message que j’ai envie de vous crier, c’est que vous continuer depuis des siècles à vous agiter sur des combats d’arrière garde comme la mixité, vous saver toujours bien vous battre (et c’est tant mieux, parce qu’il y a toujours danger) contre les fantômes des ennemis que vous avez vaincus il y a un siècle en inscrivant dans le marbre de notre constitution l’idée de laïcité, mais qu’inversement, votre silence sur certains aspects de l’évolution de notre société est totalement assourdissant. Ne vous trompez-vous pas de combat ?

download Fond musical : Julie – Femme : décidément, j’adore cette artiste

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